Maïs sous pression

Même s’il reste encore une semaine ou deux avant les premières livraisons de maïs dans vos paniers, la tension est en train de lever dans la parcelle de ce légume américain. Les anciens savent de quoi je parle; cette odeur fétide alors que je longe les entre-rangs, un épi à terre ici et là, rongé à l’os. La tension monte car l’ennemi numéro un du maraîcher campe aux abords des champs, attendant le moment propice pour faire sa descente et m’entraîner avec lui.

Je ne vous cacherai pas qu’à ce moment précis de la saison, lui et moi sommes à couteaux tirés, chacun soupesant les agissements de l’autre, ses prochains pas, ses nouvelles tactiques. Oui, tout cela ressemble bien à une guerre qui ne dit pas son nom, larvée, semée d’embûches et pour lui et pour moi. Les pièges ont donc été posés, la clôture électrique érigée et les prières récitées. C’est une guerre dont l’issue ne peut être qu’une victoire sans ambages…pour la santé mentale de ce maraîcher et le plaisir de ses abonnés.

Enfin un vrai panier estival! Il était temps car même s’il a fait chaud, on ne peut aller plus vite que la nature qui a décidé, cette année, que ce n’est que maintenant qu’elle permettrait à nos tomates Glacier de mûrir. Ce sont nos tomates de champs les plus hâtives, du genre saladette mais tout en goût et en saveur, puisque ancestrales. Vont suivre dès la semaine suivante nos tomates cerises et nos variétés russes pour enfin atterrir vers la fin août sur nos vraies tomates de champs, les ancestrales, les cœurs de bœuf et nos italiennes.

Fête du maïs

Après des années de disette, je suis fier d’annoncer que le stratagème a fonctionné et, conséquemment, qu’il y aura mâchement d’épis de maïs dans certaines chaumières du Québec… Et pour ne pas rentrer dans trop de détails techniques, ce n’est pas la clôture branchée sur du 110 qui a résolu le maraudage des ratons mais bien le rajout d’une troisième broche métallique sur la clôture, fruit d’une cogitation serrée entre employés de la ferme, surpris de voir que l’électrification n’avait pas eu les effets escomptés. Avec ses trois paliers posés au six pouces, la clôture devenait un obstacle bien plus ardu à surmonter pour nos débrouillards des bois. Mais il faut toujours rester aux aguets, le raton laveur a plus d’un tour dans sa queue…

Août a débuté comme il débute souvent, journées chaudes et nuits de plus en plus fraîches, message clair pour nous maraîchers que nous venons de prendre le premier tournant vers le début de l’automne. Je sais, je sais, il faut faire durer le plaisir, les étés sont si courts et les hivers si longs mais en termes agronomiques, l’arrivée des nuits fraîches lance un message précis aux plantes qu’il est temps de penser à sa progéniture, en particulier la mauvaise herbe qui sait qu’il ne lui reste plus bien de temps pour assurer sa pérennité. Donc, il y aura maïs dans les paniers et bien d’autres choses qui rappelleront que nous vivons encore les émois de l’été.

Batailles épi-ques

Le maïs est beau et l’épi se forme déjà… si seulement on pouvait éliminer un irritant majeur, le raton laveur, la terreur du maraîcher, la hantise du jardinier. Suite au carnage qu’a été le cru 2018, je pèse bien mes mots, 20000 épis partis en fumée en l’espace de quelques semaines et bien des énergies gaspillées à contrer cette peste des forêts, on a décidé de sortir l’artillerie lourde. Plus de clôture alimentée au solaire comme on le faisait depuis nos débuts car ces bestioles avaient bien compris que pour accéder au fruit défendu, il fallait juste endurer le drôle de chatouillis que pouvait décharger ces piles. À la place, nous avons décidé d’installer une clôture alimentée au 110 volts. Le choc ne sera pas mortel, loin de là mais qui va s’y frotter s’y piquera, la décharge étant un peu plus costaude que notre version écolo… Et si après cela, nos astucieux ratons trouvent un moyen de passer outre, ce sera la preuve, tout simplement, que ce sont les animaux les plus intelligents de la planète!
Si la courgette et le concombre en ont été un avant-goût, nous entrons de plein pied dans la saison estivale avec l’introduction de la tomate et de l’aubergine, mes légumes préférés et que nous offrirons chaque semaine jusqu’à la décrépitude des plants. À la différence des deux premiers légumes mentionnés, que nous cultivons par vagues, les solanacées sont produites sur un même plant et il faut être fort pour continuer à donner généreusement, semaine après semaine, jusqu’à l’arrivée des premiers froids.

C’est reparti!

La saison 2018 est bel et bien lancée!  C’est à la mi-juin que débutent nos communications hebdomadaires annonçant le panier de la semaine et autre information nécessaire au bon déroulement des livraisons.  Nous avons semé, planté, biné, désherbé, irrigué, prié et maintenant, il est temps de récolter.  Dans le panier de cette semaine, nous espérions des fraises mais il faudra attendre une autre semaine vu les conditions plutôt fraiches ne permettant pas un mûrissement adéquat des petits fruits.  Par contre vous serez servis côté feuilles, ces légumes appréciant généralement les journées ne dépassant les 25 degrés et les nuits en dessous de 10.  Énumérés rapidement, il y aura de la laitue, du kale, des épinards, du navet japonais, du tatsoi, de la ciboulette avec sa fleur (tout se consomme), des radis, de petites pommes de terre de chez notre fournisseur habituel de la Ferme Samson et fils et une nouveauté, l’ail vert, très jeune ail récolté à son plus tendre.

Les caciques connaissant la rengaine mais pour les nouveaux abonnés, il est toujours bon de rappeler que vous devez venir au point de livraison avec vos sacs dans lesquels vous transporterez vos légumes.  Deux à trois sacs devraient suffire que vous ayez choisi le panier régulier ou familial.  N’oubliez pas que nous viendrons avec vos pains si vous les avez commandés chez Capitaine Levain.  Ils me font dire d’ailleurs qu’ils viendront les premières semaines avec des pains en extra, pour la vente et ainsi vous aurez la chance de vous familiariser avec leurs très bons produits. N’oubliez pas non plus que nous viendrons avec les œufs de la ferme (6 dollars la douzaine).  Ils ne sont pas certifiés bio mais nos poules sont nourries de grains bio et elles se baladent dans le verger pour compléter leur ration.  Pour les pains en extra et les œufs, c’est comptant seulement.

Enfin, Claire et moi avons hâte de vous retrouver tous, débuter cette saison que nous espérons haute en couleurs et en goût et bien sûr reprendre nos jasettes là où nous les avons laissées l’été dernier.

Interlude d’hiver

Après un hiatus de deux mois, durant lequel toute allusion à la culture des légumes a été remise aux calendes grecques, ce maraîcher ressent en ce début d’année le besoin de renouer avec sa passion. C’est à se demander pourquoi car il reste encore un autre bon deux mois avant l’ouverture de la serre à semis et n’eut été nos hivers complétement désorientants, une semaine glaciale suivant une autre pluvieuse, j’aurais attendu patiemment les vrais premiers signes du dégel. Mais nous n’avons plus les hivers d’antan et nos champs peuvent passer du blanc aveuglant au vert léger en l’espace de quelques jours, au grand désarroi des vivaces qui aimeraient que nous les laissions tranquilles durant quelques mois.

Ce maraîcher a donc décidé d’aller voir ce qui se passait dans ses pâtures, histoire de dire aux animaux (et à quelques humains) qui empruntent les chemins enneigés de la ferme qu’il n’est pas dupe et qu’il est tout à fait conscient de leur va et vient même si ce n’est que le juste retour des choses, nous qui leur interdisons l’accès aux champs durant la saison des cultures. Chevreuils en quête de grands espaces et de quelques mâchouilles, lièvre poursuivi par un carnassier sadique et dindes sauvages toujours sur le qui-vive, ces animaux se sentent bien dans le creux de l’hiver, libres enfin de donner cours à leurs folles envies. Ne leur gâchons pas ce plaisir, ces moments de liberté ne dureront pas éternellement et déjà ce maraicher sait qu’à l’orée de mars, il faudra mettre le holà dans cette zizanie.

À vous tous, nous vous souhaitons un bon début d’année et la plus belle des santés. Nous vous tiendrons au courant du début de la saison 2018 d’ici quelques semaines.

Mieux vaut prévenir…

Hier soir, il a fallu se mettre en mode préventif.  Alors que j’auscultais la parcelle de maïs pour vérifier l’état des plantes et la présence de la discrète mais néanmoins envahissante pyrale du maïs, je notais quelques dégâts, des plants au sol, coupés au premier pied, l’épi encore intact car non formé.  Clairement, la preuve qu’une mouffette venait de passer par là, histoire de jauger le buffet à venir.  Dans le grand échiquier des ravageurs à combattre, la mouffette n’est certainement pas la plus dangereuse même si les dommages qu’elle cause peuvent à la longue être appréciables.  L’animal est plutôt cocasse, doté d’une démarche quasi erratique et dire qu’en plus, il ne voit pas si bien.  Le ravageur dont je me méfie le plus et contre lequel je déploie des ressources considérables, c’est bien le raton laveur, le maitre des bois, s’il n’en tenait qu’à moi.  Bien plus intelligent que le puant, il ne perd jamais son temps dans une parcelle en croissance.  Il attend simplement que tout arrive à maturité pour ameuter la bande et se servir.  Je décrète donc la semaine de la prévention contre les agissements des ratons laveurs, et tant qu’à y être, je décrète aussi celle de la prévention contre les vols de bleuets dans la bleuetière.  Vous m’avez compris, il y aura de l’électricité dans l’air et des filets anti-oiseaux à poser.

NB: Ce voleur de maïs masqué a été transporté à une dizaine de kilomètres de la ferme et relâché dans un boisé

Revenons à nos légumes.  Une autre semaine faste côté feuilles et un semblant de soupçon de début de quelques légumes estivaux après la courgette.  Oui, le haricot sera à l’honneur mais aussi le concombre.  J’en appelle bien sûr à votre patience, les tomates s’en viennent joliment mais aussi les aubergines et les poivrons dont les fleurs sont belles et toutes là.  Si seulement, il pouvait faire soleil pendant une semaine de temps, on vous garantirait une première récolte de tout cela la semaine prochaine.

Abondance

L’été poursuit son bonhomme de chemin à la ferme.  Chaleur et petite pluie, juste assez en tout cas pour permettre aux plants d’attendre la prochaine ondée.  Je me suis levé vendredi dernier avec la ferme intention d’allier l’utile à l’agréable et c’est l’ail qui a écopé.  Ceux qui reçoivent ces missives depuis des années savent à quel point la récolte de l’ail m’est chère.  Je ne sais pourquoi mais c’est un des rares moments où l’agriculteur a l’impression de nourrir aussi bien que guérir.  Je ne ferai pas un étalage de son utilisation à travers l’histoire et les civilisations mais il est aujourd’hui à la base de pratiquement toutes les cuisines du monde.  Tant mieux et celui que recevrez dans vos paniers dans les prochaines semaines sera subtil dans le goût et onctueux en texture.  Nous pensions battre un record dans la récolte d’un autre légume phare à la ferme, le maïs, mais ce ne sera pas pour cette année.  Nos premières casses se feront la semaine prochaine pour notre bonheur à tous.  Nous savons que nous y arrivons car nos pièges ont encore attrapé deux ratons laveurs ces jours-ci, rapidement libérés à une vingtaine de kilomètres de là, dans la discrétion la plus totale, afin de ne pas attirer l’attention du voisinage…

Dans vos paniers, une panoplie de légumes d’été mais aussi des feuilles auxquels on ajoutera notre deuxième semaine de bleuets.  Ils ont eu le temps de devenir encore plus sucrés et nous avons hâte que vous les goûtiez.

No Man’s Land

C’est un endroit que nous nous plaisons à décrire et à re-décrire, un no man’s land situé dans le coin le plus reculé de nos champs maraichers, accoté à l’étang d’irrigation que nous avons agrandi ces dernières années.  On dit no man’s land parce que personne ni s’y aventure, la parcelle étant laissée à elle-même depuis qu’elle est devenue le dépositaire de tous les rejets naturels de la ferme: le fond de l’étang, une argile bleue que nous avons épandue sur plusieurs pieds de hauteur et des roches, plein de roches ramassées dans les champs mais aussi les anciennes fondations des quelques bâtisses mises à terre dans le cadre de rénovations passées.  Si nous en parlons, c’est parce qu’une fois de plus, la nature a repris ses droits et en quelques années, la mauvaise herbe a réussi à prendre pied dans l’argile et à passer à travers l’amoncellement de pierres.  Durant l’été, il est pratiquement impossible de savoir ce qui s’y cache vu la  luxuriance de la végétation et le grouillement de la faune.  De ce constat, nous avons décidé d’y poser nos deux ruches afin que les abeilles puissent profiter de ce buffet à ciel ouvert.  Nous nous préparons déjà à la première miellée et d’ici peu, quelques jarres apparaîtront dans un point de livraison près de chez vous.

To Catch a Racoon - Comment attraper un raton laveur

Malgré l’acharnement d’un raton laveur bien larron et peut-être sujet à sa magnanimité, nous pensons que vous aurez dans vos paniers nos premiers épis de maïs.  On a tout fait pour l’attraper mais plus futé que les mouffettes, la bête échappe à nos pièges chaque soir.  Qu’à cela ne tienne, il y en assez dans le champ pour satisfaire quelques faims.

Electric Fence - Clôture électrique

Rappelez vous qu’un maïs frais se mange dans les 24 heures de sa récolte, cru si possible ou au pire plongé dans l’eau bouillante 2 ou 3 minutes au maximum.  Le procédé n’est pas imposé mais fortement recommandé.

No Man's Land Fleurs - Flowers

Vol d’épi

On l’a attrapé finalement.  Cela faisait quelques jours qu’il nous narguait, se régalant des premiers épis bien formés, égratignant tout sur son passage, laissant présager une hécatombe dans le champ de maïs. On ne savait pas vraiment à quoi s’attendre, un raton laveur, peut-être une mouffette.  Finalement, le pire des deux s’est laissé tenter par la boite de sardines (à l’huile) que nous avons placée dans le piège.  On dit le pire car se débarrasser d’une mouffette, c’est un peu comme une bataille où il n’y a pas de vainqueur; on en sort tous perdants, l’animal se protégeant avec son vaporisateur et nous qui devons ramasser le piège à la main.  Prochaine étape, la remise en liberté, idéalement chez le voisin le moins sympathique du coin…  Non, pas vraiment.  On a roulé quelques kilomètres, à l’orée d’un bois et là, on l’a relâché pour qu’il aille faire ses dégâts chez quelqu’un d’autre.  Le cas de la mouffette réglé, on doit passer à celui des oiseaux.  L’exercice n’est pas aussi simple, demande la formation d’une patrouille qui fait le va et vient dans les rangs de maïs, de façon régulière.  On vous tiendra au courant de l’efficacité de la méthode.

Du côté légumes, la saison continue à surprendre.  Les tomates ne veulent toujours pas rougir même si on entrevoit des tentatives d’expiation.  Elle le feront  éventuellement, pour les abonnés du jeudi peut-être et après bien sûr, ce sera impossible à arrêter.  Les aubergines s’en viennent aussi mais tout aussi lentement et il en est de même des poivrons.  Un dernier mot sur les laitues qui brillent par leur absence dans les paniers en ce début de saison.  La raison est bien sûr la pluie qui a beaucoup endommagé le bas de feuilles, nous obligeant à en enlever beaucoup ou à les jeter.  Nous en sommes désolés mais les transplants des prochaines semaines sont beaux et on rattrapera le temps perdu.  Un grand merci pour votre patience.

Épi de maïs - Corn Cob

Stress agricole

Merle sous le porche - Robin in the Eaves
Lapin dans l'herbe - Rabbit in the Grass
Il a fallu faire vite.  Car la pluie s’en venait.  Vendredi, samedi, désherber tout, les fines herbes, les jeunes brocolis, le chou-rave, les haricots, les carottes et j’en passe.  Planter aussi tout ce qui trainait sur nos tables depuis une semaine, encore les brocolis, le chou-rave, car une bonne pluie, quand elle arrive à point, ça ne se refuse pas.  Tout faire donc dans un état de léger stress, vous savez, le bon, comme son cousin le cholestérol, celui qui est sensé nous faire atteindre des sommets dans l’efficience et la productivité.  Bref, on a fini la journée du samedi les mains lourdes mais le cœur léger.

Dimanche, pour s’excuser auprès de mes employés pour ces deux journées de labeur intensif, je les ai amenés à Oka, rencontrer des gens qui se débarrassaient d’un tracteur sarcleur.  En fait, c’était surtout pour faire un petit tour de l’abbaye d’Oka, monument fantôme condamné au silence éternel depuis le départ des trappistes.  Même si du silence, ils en voulaient, je ne suis pas certain que c’est à celui-ci qu’ils aspiraient.

On a fini la journée à Victoriaville, à visiter les serres dont veut se départir un ancien maraicher.  Si tout se passe bien, nous installons nos deux premières serres cet automne pour être prêtes l’an prochain.  Nous voulons débuter de plus en plus tôt, c’est-à-dire la 1ière ou 2ième semaine de juin et pour ce faire, il faut des serres, fermées et bien ventilées.  On aura l’occasion de vous en parler plus longuement.
Oka