Mort d’insecte

On ne peut changer les choses que si on les identifie, les comprend et leur fait face.  La nouvelle n’a rien de réjouissant mais il faut en prendre note : si la tendance se maintient, pour reprendre l’expression fétiche d’un journaliste réputé, d’ici la fin du siècle, il ne restera plus d’insectes pour polliniser quoi que ce soit.  Pour être plus précis, on parle de 40% des insectes qui ne survivront pas aux pratiques agricoles actuelles et à la dégradation de leur environnement.  C’est la conclusion à laquelle arrive une étude de la revue scientifique Biological Conservation publiée ces dernières semaines.  Les plus touchés seront la grande famille des lépidoptères (papillons, etc.), des hyménoptères (abeilles, bourdons, etc.) et des coléoptères (coccinelles, etc.) sans oublier d’autres familles d’insectes vivant en milieu marin.  L’étude démontre que l’urbanisation, la perte des habitats naturels de ces insectes incluant les marais et l’usage généralisé des pesticides sont les raisons principales expliquant leur déclin et disparition.   Que faire? La suite dans un prochain billet…

Les articles dans Le Devoir ou The Guardian.

J’aime: le nouveau guide alimentaire

La publication du guide alimentaire cette semaine par Santé Canada devrait donner du ‘pep’ à l’ensemble du secteur maraicher, incluant ceux qui importent du légume extra muros.  Même si on dit qu’il n’est pas allé assez loin, sa nouvelle mouture est tout ce qu’il y a de plus encourageant pour notre secteur car ils sont nombreux, allant des individus aux organisations, qui l’utilisent pour structurer leur alimentation de tous les jours, à tout le moins ceux qui débutent l’année avec des résolutions grosses comme ça…

Ce que j’aime : la place prépondérante du légume frais dans la fourchette des possibles, la place non moins prépondérante des légumineuses (n’en déplaise à Madame Ravary) et céréales dans notre quotidien et la relative importance des viandes et des laitages dans ce même quotidien.

Il paraît que Santé Canada a sciemment décidé d’exclure l’industrie laitière des discussions afin de ne pas se laisser influencer même si elle a allègrement autorisé le glyphosate pendant un autre 15 ans en se fiant sur les ‘études’ financées par une autre industrie.  Cherchez la contradiction.  Le guide est un bon pas en tout cas vers une meilleure alimentation. J’attends maintenant une décision similaire sur l’étiquetage…

Météo hivernale: très froid et très enneigé

Janvier a débuté comme on s’y attendait, dans l’incertitude d’un véritable hiver, suivie aussitôt d’un cinglant démenti et rehaussé d’une solide tempête dans laquelle nous nous débattons depuis hier.  Blanc sur blanc, ponctuée ici et là d’oripeaux brunâtres, la campagne environnante, ballotée par les grands vents, se soumet aux aléas de la météo.  La jeunesse de la maisonnée revendiquait une journée pédagogique, histoire de dévaler les pentes et confirmer la hauteur des dégâts.  Mais l’école a décidé autrement : il y aura cours aujourd’hui.

Côté ferme, les Jardins d’Arlington préparent le lancement de la saison 2019.  Rien de trop pressant, compléter les commandes des semences que nous avons débuté plus tard qu’à l’habitude et fignoler notre attirail numérique.  Qui aurait pensé, il y a une dizaine d’années de cela, qu’Internet et les réseaux sociaux allaient être un aussi nécessaire passage obligé!  Du chèque envoyé par la Poste et du formulaire d’inscription qu’il fallait imprimer, la vague a tout emporté, nous entrainant dans le cycle prométhéen de la mise à jour continuelle…  On vous reviendra sous peu en tout cas pour parler de bien de choses sans oublier sûr que Les Jardins d’Arlington célèbreront leurs 10 ans d’existence cette année…

Grands froids de…novembre

Je n’en crois toujours pas mes yeux mais on annonce bel et bien -12 C. dans la nuit du mercredi à jeudi, ici à la ferme. Pour un mois de novembre, nous sommes vraiment en dessous des normales et les livraisons des paniers de mercredi et jeudi auront des airs de marché de noël… En anticipation de ces baisses hors de l’ordinaire, nous avons déjà récolté les poireaux de la semaine et aujourd’hui nous sortirons de la serre froide les laitues et autres feuilles susceptibles à la morsure des froids. Pour le reste, courges et légumes racines, tout est bien entreposé dans des chambres froides plus chaudes que l’air ambiant. Sachez d’ailleurs que le montage des derniers paniers de novembre se fera probablement à l’intérieur de ma plus grande chambre froide qui, ventilateurs aidant, est maintenu à 4 degrés C. alors que l’entrepôt nous gratifie d’un -1 bien généreux. L’an prochain, il y aura du travail d’isolation à planifier… Autre nouvelle de la semaine, le départ de nos deux derniers employés mexicains, Crescencio et Gregorio, partis retrouver leurs familles sous des cieux plus cléments. Les dernières semaines avaient été un peu difficiles – la pluie, le froid, les récoltes et des plantations dans des conditions douteuses. Tout cela sera oublié sous le soleil de Mexico…

Parade de fin de saison

Le mauvais temps nous poursuit mais nous avons trouvé la parade et la plupart des légumes de votre panier sont des racines, ou des feuilles récoltées en serre. Frustrant tout de même, cette tendance qu’a prise la nature de ne nous donner aucun répit. Alors que la journée de dimanche promettait des cieux plus cléments, voilà que ce matin nous rattrape la pluie et son lot de déboires : chemins impraticables, bottes souillées et corps transis. Et ce sera ainsi pendant encore une autre semaine. À oublier donc ma référence à un novembre ninesque, clairement le fruit d’une imagination débridée…

Cela dit, j’ai fait mes premiers pas dans les boisés de la ferme, cette fin de semaine, histoire d’avertir les chasseurs de passage que le maitre des lieux était là et qu’il allait défendre bec et ongles ses quelques arpents de neige. Le message a dû très bien passer car pas âme qui vive je ne vis et c’est toujours mieux comme cela. Les boisés par contre ont révélé leur beauté triste, tenue cachée durant l’été par des flores bien insolentes mais que l’on redécouvre au fil de nos pas, sous cette mouillure automnale. L’hiver s’en vient et avec lui, maintes autres randonnées.

Quand certains finissent et d’autres continuent

C’est durant une semaine bien fraîche mais relativement ensoleillée que la saison régulière des paniers bio des Jardins d’Arlington arrive à sa fin. Vingt semaines bien pleines, à l’occasion mouillées mais généralement chaudes et sèches comme nous n’en avons pas connues depuis belle lurette. On en fera un post-mortem plus tard cet hiver, quand le froid nous aura complètement enveloppé et qu’il ne nous restera que des champs blancs à contempler mais déjà, nous savons qu’il faudra vraiment s’attendre à tout, l’année prochaine, la sécheresse prolongée de cette saison ou la mouillure lancinante de la saison précédente. Produire des légumes dans nos contrées est devenu tout une gageure et une course à obstacles pour ceux qui aiment les défis. On en fait partie et on pense déjà aux solutions que l’on va devoir mettre en place pour répondre à tous ces questionnements.

Un grand merci donc à vous tous qui nous quittez cette semaine. Passez un bel hiver en espérant vous revoir nombreux la saison prochaine, prêts à partager avec nous cette aventure agricole. Et à ceux qui restent pour la saison allongée débutant la semaine prochaine et finissant le 22 novembre, vous recevrez comme d’habitude la communication vous rappelant notre rendez-vous hebdomadaire et les légumes des paniers. Au plaisir de vous retrouver tous.

Rouge et or

Tôt, lundi matin, il faut faire un état des lieux même si le tour des champs se fait de plus en plus vite. Marchant dans l’herbe mouillée éclaboussant mes bottes, je sais déjà que certains travaux pressants ne se feront pas. Les trois derniers jours bien que secs n’ont pas suffi à assécher plusieurs parcelles déjà récoltées. Il va falloir ronger son frein et attendre des températures plus clémentes, occurrence de moins en moins évidente alors que nous entrons dans le giron de l’automne. Mais gardons espoir, Environnement Canada annonce un novembre ‘ninesque’ comme on en a déjà connu dans nos contrées. La marche a été bénéfique somme toute, au vu des légumes qui continuent de croitre dans les champs et en serre froide, sans oublier bien sûr les dégradés de rouge et or qui jaillissent de nos boisés en ces jours d’octobre. Bien sûr que nous ne prenons jamais assez de temps pour faire le plein des couleurs mais ces œillades volées suffisent à adoucir la maussade journée devant nous.

Merci

En cette journée d’action de grâce, je pourrais certainement remercier la nature de ses bienfaits et de sa générosité bien sûr mais je préfèrerais porter mon attention sur ceux sans qui cette entreprise n’existerait pas, nos quatre employés saisonniers, tous originaires du Mexique et qui forment l’épine dorsale de cette ferme. Ce n’est pas que nous n’employons pas d’autres travailleurs. En fait, au plus haut de la saison, nous sommes une dizaine de mortels, vaquant à nos affaires dans les champs, plantant, récoltant, désherbant, irriguant et éventuellement ‘montant’ nos chers paniers. Mais si je parle de ces travailleurs saisonniers, Jhenrri, Crescencio, Carmelino et Gregorio, c’est parce qu’ils sont mes plus proches collaborateurs aux champs, à la différence des autres qui s’imbriquent au groupe en plein milieu de la saison, durant deux ou trois mois, souvent comme stagiaires poursuivant des études en agronomie ou tout simplement à la quête d’une job d’été. Ce n’est pas le cas de nos employés mexicains qui arrivent chez nous au début du printemps pour nous quitter seulement au son des oiseaux migrateurs, oui, ceux qui migrent du grand Nord canadien pour les contrées plus accueillantes de la côte est américaine. Je lève mon chapeau à ces travailleurs, à leur bonté, leur vaillance et leur sérieux. Demain, à l’aube, le premier d’entre eux ira retrouver sa famille après six mois d’absence. Merci encore.

La belle musquée

L’automne s’est abattu sur la ferme comme une surprise attendue. Depuis quelques jours, nous avons délaissé nos shorts pour quelques pantalons et nos chaussures bien confortables pour des bottes plutôt bruyantes. Ne vous méprenez pas, l’herbe est toujours verte, gracieuseté des rosées matinales ou des pluies nocturnes, mais les champs de légumes n’ont plus la luxuriance de jadis, la température fraiche ayant affectée tout le monde sans discrimination aucune. Tous, non, il reste encore des légumes feuilles pour qui la froidure est synonyme de bien-être et des légumes racines qui n’attendaient que cela pour chercher au plus profond d’eux-mêmes les sucres tant désirés. Ils vous seront servis au fur et à mesure des semaines, chacune apportant son lot de surprises. Et avec ces mêmes températures fraîches des derniers jours, nous avons augmenté la cadence du nettoyage des champs, bout de parcelle par bout de parcelle, un semis d’engrais vert n’en attendant pas un autre. La semaine prochaine, ce sera au tour des tunnels d’être démontés, tout une affaire aussi.

Dans les paniers, des racines et des feuilles, le rutabaga récolté aujourd’hui mais aussi la belle musquée, courge des courges, la plus connue sur notre continent et aussi la plus sucrée.

Carnage cucurbitacéen…

Même si j’en parle depuis belle lurette, le gros de la récolte des courges d’hiver ne s’est complétée que cette fin de semaine, sous un soleil de plomb. Soyons plus précis, déjà le weekend dernier, on les avait cueillis et laissés là, dans le rang, à mûrir au soleil en attendant de trouver un moment opportun pour les engranger, chaque variété dans ses bennes, dans la fraicheur naturelle des planchers de vaches. Mais avec la myriade de choses à faire dans une ferme, nous nous sommes réveillés vendredi matin avec l’évidente réalisation qu’il allait falloir se grouiller pour sortir ces légumes des champs car c’est une chose que de laisser mûrir une butternut mais une autre que de la faire cuire sous un 35 degrés Celsius. On s’y est mis à plusieurs et une dizaine de voyages plus tard, le niveau de stress s’était presque évaporé… C’est à ce moment-là, en contemplant la parcelle des courges, que je me suis rendu compte à quel point cette culture était salissante, un champ de bataille vous dis-je, la mauvaise herbe la disputant aux longues courantes des musquées ou des Delicata, des courges non récoltés, touchées par une quelconque maladie, gisant dans les entre-rangs, d’autres écrasées par les roues non discriminantes de notre imposant Farmall. Un carnage, je répète, vite oublié par la prochaine activité pressante et encore plus par le champ d’engrais vert qui suivra…

Le panier est résolument automnal cette semaine, la belle Kuri, des carottes mais aussi le retour de la roquette, ma feuille favorite, celle qui va détrôner la tomate dans le firmament de mes légumes.