Grands froids de…novembre

Je n’en crois toujours pas mes yeux mais on annonce bel et bien -12 C. dans la nuit du mercredi à jeudi, ici à la ferme. Pour un mois de novembre, nous sommes vraiment en dessous des normales et les livraisons des paniers de mercredi et jeudi auront des airs de marché de noël… En anticipation de ces baisses hors de l’ordinaire, nous avons déjà récolté les poireaux de la semaine et aujourd’hui nous sortirons de la serre froide les laitues et autres feuilles susceptibles à la morsure des froids. Pour le reste, courges et légumes racines, tout est bien entreposé dans des chambres froides plus chaudes que l’air ambiant. Sachez d’ailleurs que le montage des derniers paniers de novembre se fera probablement à l’intérieur de ma plus grande chambre froide qui, ventilateurs aidant, est maintenu à 4 degrés C. alors que l’entrepôt nous gratifie d’un -1 bien généreux. L’an prochain, il y aura du travail d’isolation à planifier… Autre nouvelle de la semaine, le départ de nos deux derniers employés mexicains, Crescencio et Gregorio, partis retrouver leurs familles sous des cieux plus cléments. Les dernières semaines avaient été un peu difficiles – la pluie, le froid, les récoltes et des plantations dans des conditions douteuses. Tout cela sera oublié sous le soleil de Mexico…

Parade de fin de saison

Le mauvais temps nous poursuit mais nous avons trouvé la parade et la plupart des légumes de votre panier sont des racines, ou des feuilles récoltées en serre. Frustrant tout de même, cette tendance qu’a prise la nature de ne nous donner aucun répit. Alors que la journée de dimanche promettait des cieux plus cléments, voilà que ce matin nous rattrape la pluie et son lot de déboires : chemins impraticables, bottes souillées et corps transis. Et ce sera ainsi pendant encore une autre semaine. À oublier donc ma référence à un novembre ninesque, clairement le fruit d’une imagination débridée…

Cela dit, j’ai fait mes premiers pas dans les boisés de la ferme, cette fin de semaine, histoire d’avertir les chasseurs de passage que le maitre des lieux était là et qu’il allait défendre bec et ongles ses quelques arpents de neige. Le message a dû très bien passer car pas âme qui vive je ne vis et c’est toujours mieux comme cela. Les boisés par contre ont révélé leur beauté triste, tenue cachée durant l’été par des flores bien insolentes mais que l’on redécouvre au fil de nos pas, sous cette mouillure automnale. L’hiver s’en vient et avec lui, maintes autres randonnées.

Quand certains finissent et d’autres continuent

C’est durant une semaine bien fraîche mais relativement ensoleillée que la saison régulière des paniers bio des Jardins d’Arlington arrive à sa fin. Vingt semaines bien pleines, à l’occasion mouillées mais généralement chaudes et sèches comme nous n’en avons pas connues depuis belle lurette. On en fera un post-mortem plus tard cet hiver, quand le froid nous aura complètement enveloppé et qu’il ne nous restera que des champs blancs à contempler mais déjà, nous savons qu’il faudra vraiment s’attendre à tout, l’année prochaine, la sécheresse prolongée de cette saison ou la mouillure lancinante de la saison précédente. Produire des légumes dans nos contrées est devenu tout une gageure et une course à obstacles pour ceux qui aiment les défis. On en fait partie et on pense déjà aux solutions que l’on va devoir mettre en place pour répondre à tous ces questionnements.

Un grand merci donc à vous tous qui nous quittez cette semaine. Passez un bel hiver en espérant vous revoir nombreux la saison prochaine, prêts à partager avec nous cette aventure agricole. Et à ceux qui restent pour la saison allongée débutant la semaine prochaine et finissant le 22 novembre, vous recevrez comme d’habitude la communication vous rappelant notre rendez-vous hebdomadaire et les légumes des paniers. Au plaisir de vous retrouver tous.

Rouge et or

Tôt, lundi matin, il faut faire un état des lieux même si le tour des champs se fait de plus en plus vite. Marchant dans l’herbe mouillée éclaboussant mes bottes, je sais déjà que certains travaux pressants ne se feront pas. Les trois derniers jours bien que secs n’ont pas suffi à assécher plusieurs parcelles déjà récoltées. Il va falloir ronger son frein et attendre des températures plus clémentes, occurrence de moins en moins évidente alors que nous entrons dans le giron de l’automne. Mais gardons espoir, Environnement Canada annonce un novembre ‘ninesque’ comme on en a déjà connu dans nos contrées. La marche a été bénéfique somme toute, au vu des légumes qui continuent de croitre dans les champs et en serre froide, sans oublier bien sûr les dégradés de rouge et or qui jaillissent de nos boisés en ces jours d’octobre. Bien sûr que nous ne prenons jamais assez de temps pour faire le plein des couleurs mais ces œillades volées suffisent à adoucir la maussade journée devant nous.

Merci

En cette journée d’action de grâce, je pourrais certainement remercier la nature de ses bienfaits et de sa générosité bien sûr mais je préfèrerais porter mon attention sur ceux sans qui cette entreprise n’existerait pas, nos quatre employés saisonniers, tous originaires du Mexique et qui forment l’épine dorsale de cette ferme. Ce n’est pas que nous n’employons pas d’autres travailleurs. En fait, au plus haut de la saison, nous sommes une dizaine de mortels, vaquant à nos affaires dans les champs, plantant, récoltant, désherbant, irriguant et éventuellement ‘montant’ nos chers paniers. Mais si je parle de ces travailleurs saisonniers, Jhenrri, Crescencio, Carmelino et Gregorio, c’est parce qu’ils sont mes plus proches collaborateurs aux champs, à la différence des autres qui s’imbriquent au groupe en plein milieu de la saison, durant deux ou trois mois, souvent comme stagiaires poursuivant des études en agronomie ou tout simplement à la quête d’une job d’été. Ce n’est pas le cas de nos employés mexicains qui arrivent chez nous au début du printemps pour nous quitter seulement au son des oiseaux migrateurs, oui, ceux qui migrent du grand Nord canadien pour les contrées plus accueillantes de la côte est américaine. Je lève mon chapeau à ces travailleurs, à leur bonté, leur vaillance et leur sérieux. Demain, à l’aube, le premier d’entre eux ira retrouver sa famille après six mois d’absence. Merci encore.

La belle musquée

L’automne s’est abattu sur la ferme comme une surprise attendue. Depuis quelques jours, nous avons délaissé nos shorts pour quelques pantalons et nos chaussures bien confortables pour des bottes plutôt bruyantes. Ne vous méprenez pas, l’herbe est toujours verte, gracieuseté des rosées matinales ou des pluies nocturnes, mais les champs de légumes n’ont plus la luxuriance de jadis, la température fraiche ayant affectée tout le monde sans discrimination aucune. Tous, non, il reste encore des légumes feuilles pour qui la froidure est synonyme de bien-être et des légumes racines qui n’attendaient que cela pour chercher au plus profond d’eux-mêmes les sucres tant désirés. Ils vous seront servis au fur et à mesure des semaines, chacune apportant son lot de surprises. Et avec ces mêmes températures fraîches des derniers jours, nous avons augmenté la cadence du nettoyage des champs, bout de parcelle par bout de parcelle, un semis d’engrais vert n’en attendant pas un autre. La semaine prochaine, ce sera au tour des tunnels d’être démontés, tout une affaire aussi.

Dans les paniers, des racines et des feuilles, le rutabaga récolté aujourd’hui mais aussi la belle musquée, courge des courges, la plus connue sur notre continent et aussi la plus sucrée.

Carnage cucurbitacéen…

Même si j’en parle depuis belle lurette, le gros de la récolte des courges d’hiver ne s’est complétée que cette fin de semaine, sous un soleil de plomb. Soyons plus précis, déjà le weekend dernier, on les avait cueillis et laissés là, dans le rang, à mûrir au soleil en attendant de trouver un moment opportun pour les engranger, chaque variété dans ses bennes, dans la fraicheur naturelle des planchers de vaches. Mais avec la myriade de choses à faire dans une ferme, nous nous sommes réveillés vendredi matin avec l’évidente réalisation qu’il allait falloir se grouiller pour sortir ces légumes des champs car c’est une chose que de laisser mûrir une butternut mais une autre que de la faire cuire sous un 35 degrés Celsius. On s’y est mis à plusieurs et une dizaine de voyages plus tard, le niveau de stress s’était presque évaporé… C’est à ce moment-là, en contemplant la parcelle des courges, que je me suis rendu compte à quel point cette culture était salissante, un champ de bataille vous dis-je, la mauvaise herbe la disputant aux longues courantes des musquées ou des Delicata, des courges non récoltés, touchées par une quelconque maladie, gisant dans les entre-rangs, d’autres écrasées par les roues non discriminantes de notre imposant Farmall. Un carnage, je répète, vite oublié par la prochaine activité pressante et encore plus par le champ d’engrais vert qui suivra…

Le panier est résolument automnal cette semaine, la belle Kuri, des carottes mais aussi le retour de la roquette, ma feuille favorite, celle qui va détrôner la tomate dans le firmament de mes légumes.

Automne à nos portes

Même si on annonce une fin de semaine estivale, le panier de la semaine reflète l’automne à nos portes. Non, ce n’est pas juste le gel de samedi dernier qui nous l’a rappelé mais simplement l’état des solanacées et des cucurbitacées, fatigués d’avoir autant donné durant les hauts mois de l’été et qui sentent qu’il est temps de fermer boutique. De toutes façons, la récolte des courges d’hiver est complétée et je suis heureux de dire que la nature a été plus que généreuse. Courge musquée, poivrée, potimaron, delicata, buttercup, citrouille, Sweet dumpling, vous les trouverez toutes dans vos paniers au cours des prochaines semaines. Pour ceux qui affectionnent les choux de Bruxelles, nous les avons étêtés afin de canaliser l’énergie de la plante vers le chou. Là aussi, on s’attend à une belle récolte. Nous avons par contre retenu nos ardeurs avec le céleri-rave, odorant comme tout mais encore petit. Un peu de pluie et une semaine de plus devrait les amener à bon port. Ceci dit, l’été est encore avec nous et nous allons essayer de vous choyer avec encore plus de tomates et de concombres, désolé plus de courgettes et d’aubergines… Il reste encore du temps pour placer vos commandes de tomates italiennes et sachez qu’à compter de la semaine prochaine, nous débuterons les livraisons de l’ail d’entreposage.

Paradis perdu

Au moment d’écrire ces lignes, la supposée récolte des courges, annoncée la semaine dernière, n’est toujours pas faite.  L’accumulation de tâches aussi importantes les unes que les autres, au cours des derniers jours, a fait en sorte que l’on a décidé de sortir seulement la courge de la semaine, la spaghetti.  Les autres viendront au fur et à mesure des circonstances et il faut le dire, il n’y a pas encore urgence.  On vous a concocté tout de même un panier semi-automnal, pommes de terre et oignons ayant le dernier mot, agrémenté ici et là de rappels bien estivaux.  Certains se réjouiront d’une baisse notable de la productivité des courges d’été et des aubergines.  On pourra tout dire sauf qu’il n’y en pas eu assez mais à toute bonne chose sa fin et les nuits fraiches de la semaine dernière ont freiné les ardeurs des dits plants, sans oublier le passage des punaises ternes, friandes des fleurs jaunâtres et mauves des aubergines.  Cela ne veut pas dire que ces légumes ne reviendront pas mais qu’on les servira en tournante.  Il reste bien sûr la question existentielle de la tomate, annonciatrice du véritable été et dont la moindre inflexion fait remonter en nous un sentiment d’inquiétude, la peur de l’inexorable, Adam et Ève face au Paradis perdu…  Il faudra faire comme la fourmi de La Fontaine et faire le plein, en consommer à satiété maintenant et se suffire de ses effluves quand la bise sera venue…

Une partie de plaisir

La saison bat toujours son plein.  Chaleur moîte, humidex au plafond ou au plancher, je ne sais vraiment mais ces derniers jours d’août ressemblent dangereusement aux premiers de juillet.  Avant d’écrire ces lignes, je fais un tour des champs pour m’imprégner des sensations de cette fin d’après-midi et ô surprise, certains signes laissent entrevoir une récolte majeure de courges d’hiver.  Voilà quelques jours encore, ces énormes plants se croyaient à l’abri de tout, verts même si craquants et prêts à affronter septembre et ses surprises. Mais cet espoir a duré le temps d’une averse, les plants décidant d’un commun accord qu’il valait mieux couper court à la farniente et laisser ce maraicher compléter ses récoltes.  Je vous en glisserai mot la semaine prochaine mais j’entrevois une belle fin de semaine, la cueillette des courges étant toujours une partie de plaisir, alliant couleurs et textures, géométries et pesanteurs.  Je vous le dis, une partie de plaisir…

Dans le panier, on effleure l’automne qui s’en vient par une première vraie récolte de poireaux, celles de l’été, fût blanc virant au verdâtre mais tout aussi odorant.  Et pour vous faire oublier la déconfiture du bleuet, nous vous offrons un troisième service de pastèques, sans pépins cette fois-ci, gentiment proposé par mon ami Gabriel de la ferme Samson et Fils, notre fournisseur devant l’éternel des meilleures pommes de terre bio au Québec.  Je ne fais pas de pastèque sans pépins, par nostalgie, je crois, pour le plaisir que nous avions, mes frères et moi, à se défier, qui lancerait le pépin le plus loin ou qui serait capable d’avaler une grosse bouchée sans en écraser un seul.  Comme quoi, il fut une époque on pouvait encore s’amuser avec presque rien.