Brume d’automne

La semaine s’annonce basse et grise et la pluie des aurores en a déjà donné le ton. Mais je ne m’en plains pas tant car même s’il n’est plus aussi oppressant, le soleil des derniers jours a asséché bien des parcelles de légumes, m’obligeant in extremis à ressortir nos systèmes d’aspersion. Ce ne sera plus nécessaire et après les précipitations que l’on semble annoncer pendant les prochains jours, la question ne portera plus sur les conséquences d’un asséchement des sols mais bien sur le retour d’Hélianthe, seule force capable de libérer la terre de cet excès d’eau. C’est en fait ma préoccupation première arrivé octobre, l’incapacité des sols à se drainer et conséquemment, les difficultés croissantes quant à l’usage de ces parcelles. N’oubliez pas qu’il reste encore des champs à semer en engrais verts et d’autres à récolter, activités et lieux qui demandent malgré tout un minimum de portance. Ne broyons pas déjà noir, octobre a toujours su nous surprendre, qui sait, avec un autre de ces étés indiens…

La récolte des courges

On a récolté les dernières courges aujourd’hui. De belles courges musquées (butternut), ramassées au coucher du soleil et se reposant maintenant dans notre serre à semis vide de ses transplants. Cela ne fut jamais le cas auparavant, nous qui pensions qu’il fallait aborder la récolte des courges comme l’armée d’Alexandre devant les innombrables troupes du roi Darius. Non, cette fois-ci, nous avons choisi de diviser pour régner, la spaghetti ici, la delicata là, pour finir par la reine des reines, la musquée, que tout le monde connaît et qui réchauffera vos soirées automnales. La récolte des courges, c’est un jalon dans la saison d’une ferme, le signal que l’été est sur le point de clore, l’invitation à repenser son menu, rebrasser ses recettes et faire face à l’inévitable.

Quand le temps file

La période est intense et le temps file. Difficile à croire mais pour ce maraîcher, il reste peu de temps pour la préparation des champs de la saison prochaine. Nettoyage et hersage des parcelles déjà récoltées, semis des plus nutritifs engrais verts possibles, les séquences se suivent selon l’échéancier que nous impose Dame Nature et c’est là où les pluies tant souhaitées durant le plus profond de l’été deviennent des irritants, voire de sérieux obstacles à la préparation des champs de l’an prochain. Car, voyez-vous, tous les engrais verts ne naissent pas égaux, un mélange avoine et pois, par exemple, est bien plus riche en azote et en matière organique qu’une avoine seule et les semer trop tard affecterait leur masse totale. Alors, tout est affaire de bonne préparation et de chance et pour répondre à ce défi qui resurgit saison après saison, nous allons labourer d’ici quelques jours une nouvelle parcelle de près d’un hectare, assurant ainsi les espaces nécessaires à nos rotations.

J’aimerais dire que nous entrons de plein pied dans l’automne mais le vert gras des boisés me pousse à une certaine retenue. Peut-être qu’une nouvelle récolte, ce matin, d’une série de courges d’hiver m’inciterait à l’affirmer mais là aussi, ce serait pousser le bouchon un peu trop fort. On attendra le premier gel pour le clamer haut et fort même si en mon for intérieur, je sais que nous y sommes bel et bien. Dans vos paniers, il reste encore des traces de l’été et nous avons hâte de les partager avec vous.

Ode à l’aubergine

Les paniers en débordent ces temps-ci et devant les regards éplorés de certains, j’aimerais expliquer les raisons de cet excès. Il y a trois légumes que je cultive en quantité importante, toutes trois des solanacées d’ailleurs, l’aubergine, suivi du poivron et de la tomate. Pour cette dernière, reine des champs, il faut la prémunir de bien de maladies et la cultiver selon des techniques différentes, qu’elle soit hâtive ou tardive, en champ ou en tunnel chenille. Le résultat est le même, la tomate colonise de grandes superficies et phagocyte bien des énergies. Mais pour le poivron et l’aubergine, l’histoire est autre : c’est un insecte le coupable, la punaise terne, une bêbête du bon dieu qui sévit partout à la ferme et qui se délecte des fleurs des légumes mentionnés. Elle s’attaque aux fleurs des poivrons et des aubergines et peuvent en quelques jours faire avorter plusieurs générations de légumes, créant ainsi des trous dans leur récolte. Que faire donc? En planter beaucoup et espérer que la punaise terne s’attaquera à 30 ou 40% des fleurs mais en laissera assez pour remplir nos paniers.

Cette année, surprise, point de punaise terne dans les champs! En tout cas pas assez pour faire de sérieux dégâts. Et voilà pourquoi, nous nous retrouvons actuellement avec des plants gorgés de fleurs, chacune un légume en puissance et que nous sommes obligés de récolter afin de sauvegarder la santé physiologique du plant.

On servira donc encore des aubergines pendant quelques semaines car les composter serait sacrilège…

Trouver l’équilibre

Il a fallu réorganiser l’entrepôt, bouger des boîtes, libérer les couloirs et laisser place aux premiers légumes d’automne, nos chères courges. Et ce lundi matin, nous sommes allés les cueillir au petit matin, la spaghetti, la buttercup et j’en passe. Au passage, nous avons même ramassé les premières pastèques avec pépins, nos préférées car sucrées à point et gentiment parfumées. La course se poursuit aussi pour nettoyer les champs, engrais verts oblige et pour montrer à ceux qui nous retrouveront au méchoui des parcelles un tant soit peu présentables. Comme toujours, ces derniers jours d’août me plaisent car enfin, voilà revenu le temps de l’équilibre, équilibre des températures entre des jours aux chaleurs doucereuses et aux nuits tout juste fraiches, équilibre aussi dans la composition des légumes, la solanacée, la feuille et la racine. Je dis cela sachant que vous allez encore avoir un amoncellement d’aubergines dans vos paniers mais comme le dit si prudemment ma professeur de yoga quand elle ne veut pas que l’on se blesse en faisant un exercice, ‘c’est une direction que l’on cherche à trouver’…

Récoltes abondantes

L’ail est récolté depuis fin juillet (il sèche tranquillement dans notre grange rouge) et les tomates italiennes rougissent à vue d’œil sur les plants. C’est donc le moment des commandes spéciales pour ceux et celles qui aiment s’adonner aux cannages et/ou qui veulent faire des réserves d’allium. Cette année, vous pouvez placer vos commandes, jusqu’à épuisement des stocks, à travers notre site Internet ici et les ramasser à votre point de livraison régulier de paniers bio ou à l’un de nos kiosques fermiers à Atwater ou Jean-Talon quand ils seront traités au cours des prochaines semaines. On vous avisera de la date prévue de votre livraison à l’avance, et vous pourrez payer en espèces ou même, dans nos kiosques marché, par interac (i.e. avec votre carte débit).

L’ail : facile à conserver en autant que vous suiviez certaines règles, il devrait durer jusqu’à la fin du printemps voire plus tard si les conditions d’entreposage sont à leur optimum. On conseille de le garder dans l’emballage d’origine (un sac en papier), dans une dépense de cuisine, loin de la lumière et des grosses fluctuations de température. Une armoire fera l’affaire, pas de frigo bien sûr et encore moins un garage humide et frisquet. 

La tomate italienne : nous produisons deux variétés de tomates italiennes, la San Marzano et la Roma. Les deux sont idéales pour le cannage car riches en chair et sans trop de jus. Comme nous les récoltons proches de leur maturité, il serait important pour la qualité de votre cannage que vous les transformiez dans les deux ou trois jours qui suivent leur réception.

 

Le temps d’une récolte

Je me suis mis au créole ces derniers temps. Non que je voulais me rajouter une autre langue. On en parle déjà trois à la ferme, la plus commune étant l’espagnol vu le temps passé auprès de nos employés mexicains. Non, on s’est mis au créole pour communiquer avec de nouvelles employées engagées de façon journalière, à travers un programme de l’Union des Producteurs Agricoles. Le dilemme revient chaque année, qui va récolter tous ces bleuets mûris à point alors que le travail bat son plein et que nous en avons déjà par-dessus les bras avec nos tâches quotidiennes. Et c’est là qu’interviennent ces sympathiques dames, presque toutes grand-mères d’ailleurs, Viergela, Marie-Ange, Violette, Lumène, des noms que l’on se plaît à répéter car d’une autre époque et qui essaiment les champs du Québec le temps d’un été. Femmes vaillantes au parcours difficile, peu loquaces d’ailleurs, mais qui s’ouvrent à vous si vous prenez le temps de les apprivoiser. Elles ont arpenté la bleuetière pour nous laisser apprécier les douceurs de l’été et déjà elles ont migré autre part, qui sait, désherbant une parcelle de carottes ou de choux. On s’est donc mis au créole, le temps d’une récolte de bleuets.

Panier toujours estival, le bleuet sera remplacé par le premier melon, un cantaloup odorant et muri à point. La nature étant encore généreuse, il nous faut rivaliser d’imagination pour préparer aubergines et courgettes. Viendra un temps quand il n’y en aura plus dans les paniers…

Fête du maïs

Après des années de disette, je suis fier d’annoncer que le stratagème a fonctionné et, conséquemment, qu’il y aura mâchement d’épis de maïs dans certaines chaumières du Québec… Et pour ne pas rentrer dans trop de détails techniques, ce n’est pas la clôture branchée sur du 110 qui a résolu le maraudage des ratons mais bien le rajout d’une troisième broche métallique sur la clôture, fruit d’une cogitation serrée entre employés de la ferme, surpris de voir que l’électrification n’avait pas eu les effets escomptés. Avec ses trois paliers posés au six pouces, la clôture devenait un obstacle bien plus ardu à surmonter pour nos débrouillards des bois. Mais il faut toujours rester aux aguets, le raton laveur a plus d’un tour dans sa queue…

Août a débuté comme il débute souvent, journées chaudes et nuits de plus en plus fraîches, message clair pour nous maraîchers que nous venons de prendre le premier tournant vers le début de l’automne. Je sais, je sais, il faut faire durer le plaisir, les étés sont si courts et les hivers si longs mais en termes agronomiques, l’arrivée des nuits fraîches lance un message précis aux plantes qu’il est temps de penser à sa progéniture, en particulier la mauvaise herbe qui sait qu’il ne lui reste plus bien de temps pour assurer sa pérennité. Donc, il y aura maïs dans les paniers et bien d’autres choses qui rappelleront que nous vivons encore les émois de l’été.

D’orages et de récoltes

On l’attendait cette pluie depuis des semaines quand elle s’est abattue sur nous en cette fin d’après-midi dominicale, humide, sous la forme d’un méchant orage, soulevant au passage une bonne partie de nos filets mais déversant par là-même des trombes d’eau salutaires. Maïs, courges, bleuets, carottes, tous avaient soif et faisaient du surplace en attendant la bénédiction des cieux. On ne pavoisera pas, ce n’était qu’une abattée et il en faudrait plusieurs comme celle-là pour verdir nos champs. L’autre bonne nouvelle est bien sûr la razzia que nous avons faite dans notre parcelle d’ail. Il ne nous a fallu que quelques heures pour nettoyer le champ de cette exquise racine qui repose maintenant sur les ponts de notre grange rouge, mûrissant lentement.

Batailles épi-ques

Le maïs est beau et l’épi se forme déjà… si seulement on pouvait éliminer un irritant majeur, le raton laveur, la terreur du maraîcher, la hantise du jardinier. Suite au carnage qu’a été le cru 2018, je pèse bien mes mots, 20000 épis partis en fumée en l’espace de quelques semaines et bien des énergies gaspillées à contrer cette peste des forêts, on a décidé de sortir l’artillerie lourde. Plus de clôture alimentée au solaire comme on le faisait depuis nos débuts car ces bestioles avaient bien compris que pour accéder au fruit défendu, il fallait juste endurer le drôle de chatouillis que pouvait décharger ces piles. À la place, nous avons décidé d’installer une clôture alimentée au 110 volts. Le choc ne sera pas mortel, loin de là mais qui va s’y frotter s’y piquera, la décharge étant un peu plus costaude que notre version écolo… Et si après cela, nos astucieux ratons trouvent un moyen de passer outre, ce sera la preuve, tout simplement, que ce sont les animaux les plus intelligents de la planète!
Si la courgette et le concombre en ont été un avant-goût, nous entrons de plein pied dans la saison estivale avec l’introduction de la tomate et de l’aubergine, mes légumes préférés et que nous offrirons chaque semaine jusqu’à la décrépitude des plants. À la différence des deux premiers légumes mentionnés, que nous cultivons par vagues, les solanacées sont produites sur un même plant et il faut être fort pour continuer à donner généreusement, semaine après semaine, jusqu’à l’arrivée des premiers froids.