L’été

Dans les jardins, les solanacées se préparent pour leur tour de chant. Même si ici et là, il y aura encore une brassicacée dans les paniers, au plus profond de l’été, c’est au tour de la tomate, de l’aubergine et du poivron de susciter notre émoi et nos inspirations. Amantes du soleil et de l’eau, elles recherchent nos étés les plus intenses. Peut-être pas les canicules des semaines précédentes mais des journées bien chaudes, sans excès, suivis d’une saucée ou deux.

Elles arrivent presque en même temps, l’odorante tomate, l’aubergine à la robe luxuriante, suivies du pataud poivron, toujours le dernier à exprimer son affable caractère. Ces princes des potagers représentent la quintessence de l’été, la raison d’être de tous nos efforts et la source de nos plus grands plaisirs culinaires, chez ce maraîcher en tout cas. Ceux qui nous connaissent savent notre parti pris pour l’aubergine et la place qu’elle peut prendre dans nos paniers… Force est de constater malgré tout qu’il y a inflexion dans les champs et que l’on entre de plein pied dans le profond de l’été, pour notre plus grand plaisir.

Ce sixième panier sera le moins feuillu, histoire de vous donner le temps de cuisiner le kale et la bette à carde qui traineraient dans vos frigos. Ne vous attendez pas non plus à avoir les trois légumes cités plus haut en même temps dans votre panier cette semaine. Chacun débute sa fructification et on fera en fonction des quantités récoltées cette semaine. Vous avez grandement apprécié le cassis et nous en sommes ravis. Cette fois-ci, c’est au tour du bleuet de faire son apparition.

Vents légers

La semaine s’est achevée sur une note rafraîchissante, des ondées ici et là et un vent léger pour agrémenter le tout. Assez d’eau pour étancher les soifs de bien des légumes mais pas assez pour renflouer les réserves des étangs. On prendra ce que la nature nous permettra. De concert, les légumes et les mauvaises herbes se sont donnés le La pour savoir qui l’emportera, au grand dam de ce maraîcher pour qui ce combat ne devrait avoir qu’une seule issue.

On ne laissera pas perdurer ce face à face dont on connaît le dénouement si laissé au bon vouloir de la nature, car c’est le combat de David contre Goliath, un plant seul face à une multitude de graines proliférant tout autour. À la liste déjà longue de tâches à accomplir à la ferme, la semaine débutera demain sur une fixation freudienne, libérer nos légumes de l’envahissement de mauvaises herbes que Juillet transporte avec lui, accéléré par une des périodes les plus chaudes que l’on ait connue depuis belle lurette. Je vous dirai dans une autre communication si la conclusion sera hollywoodienne…

Tout pousse dans les champs bien sûr, mais notre attention s’est portée ces derniers jours sur la protection de nos plants de bleuets dont les fruits commencent à bleuir. Déjà les merles et les geais ont repéré les petits fruits et bientôt ce sera toute la colonie aviaire de la région qui va se donner le mot pour le party.  Nous avons commencé à poser des filets anti-oiseaux sur les plants et bientôt, il va falloir trouver les petites mains fouineuses pour récolter ce qui me semble le fruit emblématique de notre province.

Côté légumes, nous pensions pouvoir vous offrir les premières carottes de la saison mais elles ont besoin d’une autre bonne semaine pour prendre un peu plus de coffre. En attendant, nous vous servirons de nouveau des betteraves qui semblent avoir eu une saison hors du commun. La bonne chose avec la betterave est que vous pouvez l’entreposer dans votre frigo et l’oublier pendant des semaines sans vous en inquiéter. D’ailleurs, nous vous proposons une panoplie de recettes recherchée et organisée par notre amie Laure, afin que vous les apprêtiez.

Ode aux irrigateurs

Si vous cherchez dans le dico, vous sourirez quant aux définitions de ce mot et à leurs usages mais chez nous, les irrigateurs sont des énergumènes en chair et en os, qui ont sué sang et eau, littéralement, pour amener le précieux liquide aux légumes déjà plantés. Deux canicules déjà et cette deuxième semble vouloir battre un record d’assiduité. Nous avons nommé deux personnes à cette tâche tant fondamentale, deux jeunes pleins d’entrain, qui ont quadrillé la ferme, sillonné ses allées, déroulé du goutte à goutte dans les rangs, planté des arroseurs automatiques dans toute une flopée de légumes racines et affronté les sautes d’humeur de nos pompes à moteur. C’est un travail déjà ingrat quand la température est agréable mais à plus de 30 degrés Celsius, on flirte avec le calvaire et la procession…Mais il faut ce qu’il faut et laisser des légumes s’assécher dans les champs faute d’eau aurait été impensable. En tout cas, mission accomplie et vous pourrez, un jour, remercier nos deux garçons, Djamel et Imad, qui ont su si bien relever ce défi.

Le panier maintenant : il ressemble un peu à celui de la semaine dernière mais avec l’ajout des fraises que nous nous sommes procurés chez nos amis maraîchers à Farnham, la Ferme des 3 Samson. Nous ne faisons plus de fraises depuis quelques années mais devant les difficultés que nous avons dernièrement à trouver des fraises bio de qualité, nous allons y revenir, maintenant que nous ajoutons 4 hectares nouveaux aux 6 actuellement en usage.

Famille et amis

Comme pour bien d’entre vous, le Covid chamboule un peu nos façons de faire à la ferme. Pas tellement en ce qui concerne nos cultures, car pour débuter nos semis, les repiquer et les chouchouter, nous sommes plutôt assez autonomes et consciencieux. Je ne parle même pas de la préparation des parcelles car même là, le travail est fait maison, assis sur nos tracteurs, enfouissant les résidus de culture ou détruisant des restants d’engrais verts dans nos sols. Je fais plutôt allusion à l’arrivée tardive de notre contingent mexicain, six employés sur lesquels je compte beaucoup durant la saison et dont j’apprécie l’ardeur au travail et l’efficacité. Cette saison, gracieuseté du Covid, il va falloir ronger son frein et attendre leur arrivée plus tard que prévu, possiblement vers la fin mai ou début juin. Ce n’est pas une calamité car nous l’avions anticipée et mis sur pied un plan B qui consiste à la ‘conscription’ des amis de nos enfants, prêts à ‘tougher’ les éléments, affronter les rigueurs du travail de la terre et planter les dizaines de milliers de transplants qui attendent patiemment leur tour sur nos tables d’endurcissement. La battue a marché car nous en avons trouvé suffisamment pour débuter les plantations en attendant le renforcement du groupe.

Les inscriptions vont bon train et à ce rythme, nous sommes à quelques semaines d’afficher complet. Légumes frais et petits fruits dans les paniers, œufs de la ferme en mode premier arrivé premier servi et bien sûr les pains du Capitaine Levain si vous vous abonnez à leur boulange. Plus que sept semaines avant le jour J pour les paniers de la saison ‘régulière’ et neuf semaines avant le début des paniers de kiosque aux Marchés Atwater et Jean-Talon.

Lancement de la saison 2020

C’est avec plaisir et trépidation que nous lançons la saison 2020 des paniers bio, notre onzième pour être précis. Nous avons eu la décence d’attendre la fin de la première véritable tempête hivernale de l’année pour le faire mais à quelques semaines de l’ouverture de notre serre à semis, il était temps de ‘partir’ les ordinateurs, dépoussiérer quelques liens sur le site Internet et appuyer sur la touche ‘envoyer’. Esprits reposés, corps requinqués, il faut déjà se projeter dans la saison des cultures qui nous attend et qui nous promet comme d’habitude son lot de surprises. Tabula rasa, c’est ainsi que nous abordons chaque saison, avec la détermination de faire mieux et de partager avec vous le meilleur de ce que nos jardins ont à vous offrir.

La formule des paniers bio ne change pas : nous vous offrons toujours un grand et petit panier, le premier pour suffire aux besoins alimentaires de trois à quatre adultes et le deuxième amplement suffisant pour un ou deux adultes, voire une petite famille avec un ou deux jeunes enfants. La saison ‘régulière’ débutera le mercredi 17 juin pour se compléter le jeudi 5 novembre, juste avant les grands froids, un total de 21 semaines… Les abonnés aux paniers bio de la saison ‘kiosque’ aux marchés publics Atwater et Jean-Talon débuteront à des dates différentes, horaire des marchés oblige, soit du vendredi 3 juillet au dimanche 1ier novembre, pour un total de 18 semaines. Pour les amateurs de bon pain au levain, nous sommes heureux du retour des pains du Capitaine Levain. Vous connaissez la formule, vous vous inscrivez auprès d’eux et nous ne faisons que vous amener leurs délicieux pains.

Un petit mot sur nos projets pour la saison 2020 : d’abord, nous allons rebâtir la serre endommagée par les grands vents de mars dernier et planifier la construction de deux nouvelles serres qui vont nous permettre de prolonger la saison des cultures en novembre et possiblement début décembre. Ensuite, l’ouverture de 4 hectares de nouvelles parcelles qui vont nous permettre de mieux organiser nos rotations des cultures et nous rendre totalement autonome quant à nos plans de fertilisation végétale des cultures. Enfin, poursuivre et développer de nouveaux mélanges d’engrais verts répondant aux besoins nutritifs des légumes.

La saison sera intense et nous vous invitons tous à nous rejoindre pour profiter de ses bienfaits.

Lundi et coucher de soleil d’octobre

Avec l’arrivée de l’automne et la baisse des récoltes encore au champ, nous avons pris l’habitude depuis quelques semaines de ne pas travailler les lundi. Tant mieux, d’abord parce je n’aime pas les lundi et qu’il semble ne jamais faire beau ce jour-là, ces derniers temps en tout cas! On en profite pour poser nos béquilles, brasser de la paperasse, s’adonner au yoga et…commencer à planifier l’après-saison. Ah, l’après-saison, on y pense comme un désaltéré devant un mirage dans le désert. Mais la réalité nous rattrape vite, des communications à compléter, des récoltes à planifier et la valse à mille temps qui nous reprend, avait dit un magnifique chanteur.

Nous avons organisé le panier de cette semaine pour qu’il réponde aux besoins de la célébration de l’Action de Grâce, une ode aux légumes s’il en existait une. Il devrait y avoir de quoi satisfaire tous les palais, même notre légume fétiche, la tomate, qui, cette année, semble braver toutes les conditions, malgré les froids des derniers jours.

La récolte des courges

On a récolté les dernières courges aujourd’hui. De belles courges musquées (butternut), ramassées au coucher du soleil et se reposant maintenant dans notre serre à semis vide de ses transplants. Cela ne fut jamais le cas auparavant, nous qui pensions qu’il fallait aborder la récolte des courges comme l’armée d’Alexandre devant les innombrables troupes du roi Darius. Non, cette fois-ci, nous avons choisi de diviser pour régner, la spaghetti ici, la delicata là, pour finir par la reine des reines, la musquée, que tout le monde connaît et qui réchauffera vos soirées automnales. La récolte des courges, c’est un jalon dans la saison d’une ferme, le signal que l’été est sur le point de clore, l’invitation à repenser son menu, rebrasser ses recettes et faire face à l’inévitable.

Ode à l’aubergine

Les paniers en débordent ces temps-ci et devant les regards éplorés de certains, j’aimerais expliquer les raisons de cet excès. Il y a trois légumes que je cultive en quantité importante, toutes trois des solanacées d’ailleurs, l’aubergine, suivi du poivron et de la tomate. Pour cette dernière, reine des champs, il faut la prémunir de bien de maladies et la cultiver selon des techniques différentes, qu’elle soit hâtive ou tardive, en champ ou en tunnel chenille. Le résultat est le même, la tomate colonise de grandes superficies et phagocyte bien des énergies. Mais pour le poivron et l’aubergine, l’histoire est autre : c’est un insecte le coupable, la punaise terne, une bêbête du bon dieu qui sévit partout à la ferme et qui se délecte des fleurs des légumes mentionnés. Elle s’attaque aux fleurs des poivrons et des aubergines et peuvent en quelques jours faire avorter plusieurs générations de légumes, créant ainsi des trous dans leur récolte. Que faire donc? En planter beaucoup et espérer que la punaise terne s’attaquera à 30 ou 40% des fleurs mais en laissera assez pour remplir nos paniers.

Cette année, surprise, point de punaise terne dans les champs! En tout cas pas assez pour faire de sérieux dégâts. Et voilà pourquoi, nous nous retrouvons actuellement avec des plants gorgés de fleurs, chacune un légume en puissance et que nous sommes obligés de récolter afin de sauvegarder la santé physiologique du plant.

On servira donc encore des aubergines pendant quelques semaines car les composter serait sacrilège…

Trouver l’équilibre

Il a fallu réorganiser l’entrepôt, bouger des boîtes, libérer les couloirs et laisser place aux premiers légumes d’automne, nos chères courges. Et ce lundi matin, nous sommes allés les cueillir au petit matin, la spaghetti, la buttercup et j’en passe. Au passage, nous avons même ramassé les premières pastèques avec pépins, nos préférées car sucrées à point et gentiment parfumées. La course se poursuit aussi pour nettoyer les champs, engrais verts oblige et pour montrer à ceux qui nous retrouveront au méchoui des parcelles un tant soit peu présentables. Comme toujours, ces derniers jours d’août me plaisent car enfin, voilà revenu le temps de l’équilibre, équilibre des températures entre des jours aux chaleurs doucereuses et aux nuits tout juste fraiches, équilibre aussi dans la composition des légumes, la solanacée, la feuille et la racine. Je dis cela sachant que vous allez encore avoir un amoncellement d’aubergines dans vos paniers mais comme le dit si prudemment ma professeur de yoga quand elle ne veut pas que l’on se blesse en faisant un exercice, ‘c’est une direction que l’on cherche à trouver’…

Fête du maïs

Après des années de disette, je suis fier d’annoncer que le stratagème a fonctionné et, conséquemment, qu’il y aura mâchement d’épis de maïs dans certaines chaumières du Québec… Et pour ne pas rentrer dans trop de détails techniques, ce n’est pas la clôture branchée sur du 110 qui a résolu le maraudage des ratons mais bien le rajout d’une troisième broche métallique sur la clôture, fruit d’une cogitation serrée entre employés de la ferme, surpris de voir que l’électrification n’avait pas eu les effets escomptés. Avec ses trois paliers posés au six pouces, la clôture devenait un obstacle bien plus ardu à surmonter pour nos débrouillards des bois. Mais il faut toujours rester aux aguets, le raton laveur a plus d’un tour dans sa queue…

Août a débuté comme il débute souvent, journées chaudes et nuits de plus en plus fraîches, message clair pour nous maraîchers que nous venons de prendre le premier tournant vers le début de l’automne. Je sais, je sais, il faut faire durer le plaisir, les étés sont si courts et les hivers si longs mais en termes agronomiques, l’arrivée des nuits fraîches lance un message précis aux plantes qu’il est temps de penser à sa progéniture, en particulier la mauvaise herbe qui sait qu’il ne lui reste plus bien de temps pour assurer sa pérennité. Donc, il y aura maïs dans les paniers et bien d’autres choses qui rappelleront que nous vivons encore les émois de l’été.