De fraises, et autres choses

Je ne parlerai pas de la semaine qui vient de passer. Presque identique à celle d’avant mais aussi à celle qui s’en vient, annonciatrice certainement de la prochaine saison et des petits plaisirs qui nous attendent. Nous nous apprêtons, voyez-vous, à planter entre aujourd’hui et demain les fraises des premiers paniers de la saison 2021. Comme l’ail qui suivra à la fin octobre, ce sont nos efforts d’aujourd’hui qui garantiront les récoltes de l’an prochain.

Les fraises dont je parle sont des variétés hyper hâtives, plantées maintenant, résistantes au froid évidemment et dont les fruits apparaitront vers la mi-juin, ce qui, pour le Québec, est considéré comme un produit hâtif. Iront au sol aussi tous nos légumes feuilles des derniers paniers, les moutardes, les petites laitues et bien d’autres curiosités et nous finirons la saison avec la grande plantation d’ail, vers la fin octobre.

Ces vagues successives de plantations rythment le temps à la ferme, nous indiquant à quel stade se trouve la saison, si l’été sera encore long ou s’il y a lumière au bout du tunnel. Mais ne nous méprenons pas, il reste bien de choses à faire, les récoltes bien sûr mais aussi les autres travaux de préparation des sols pour l’hiver, les engrais verts, le plastique à changer sur notre serre à semis, le déménagement de notre ancienne serre vers sa nouvelle demeure et la liste n’en finit pas. On accomplira le plus possible jusqu’à l’arrivée de premiers froids qui arrêteront net ces efforts.

En attendant, il y aura du légume dans vos paniers, encore de la tomate mais aussi le retour de mes premiers crucifères d’automne, le bok choy en l’occurrence. À ceux qui se rappellent les feuilles piquées de juin, celles que nous récolterons pour vous cette semaine semblent n’avoir pas rencontré d’altise et c’est là où se trouve la différence entre une brassicacée cultivée en juin, encerclée par son pire ennemi et celle de septembre ou octobre, vivant la dolce vita comme si de rien n’était, tout cela bien sûr, pour le grand plaisir de ce maraîcher.

À TRÈS BIENTÔT.

Septembre, mois de tous les espoirs

La semaine dernière avait débuté dans la froidure pour clore sur un véritable déluge. Septembre est donc bel et bien là et avec lui les périls d’une météo revêche. Dans les champs, le vert a perdu de son lustre, toujours présent bien sûr mais laissant petit à petit la place aux différentes teintes de jaune ou de brun.  Mais Septembre est aussi le mois de tous les espoirs, la possibilité que l’été perdure et dans cette suite, les chances d’une croissance soutenue des légumes dans le champs. C’est l’option que je préfère, un soleil fort pour aiguillonner nos légumes feuilles et nos racines mais avec ce fond froid pour contenir nos insectes ravageurs.

À quelques plateaux près, les dés sont jetés car nous avons déjà ou sommes en processus de compléter la plantation de ce qui nous sustentera durant les deux prochains mois. La feuille sous tous ses états mais aussi la racine, emblème de ce qui a nourri le Québec durant ces longs mois d’hiver. Et pour ceux que le sujet intéresse, les nouvelles parcelles labourées et ensemencées en pois et avoine, ces parcelles qui lanceront la nouvelle décennie des Jardins d’Arlington, ont très bien réagi, comme cette photo attestera…

En attendant, je viens de mettre au four la première courge spaghetti de l’année et ma foi, le plaisir a été total, goûteux, onctueux et d’un orange saisissant. C’est ainsi que nous inaugurons Septembre et la diversité de courges qui sera notre lot au cours des prochaines semaines. Nous venons aussi d’entreposer, pour bien sécher, la belle variété d’oignons de conservation que je partagerai avec vous dans les paniers automnaux, en commençant par celui de cette semaine.

Sur ce, bon début de semaine et à très bientôt.

Nuits fraîches, journées chaudes

Septembre est à nos portes et amène avec lui son lot de réconfort. Les nuits sont fraîches et les journées passablement chaudes. C’est tout ce qu’il fallait comme signal pour évacuer en un tour de main les quelques insectes qui nous ont mené la vie dure au plus gros de l’été.  Oh, ils ne sont pas allés bien loin, quelques centimètres en dessous du sol, tapis entre deux molécules d’eau et un restant de légumes. Ils vont rester là jusqu’au printemps prochain, prêts à ressortir au grand jour quand la nature reprendra ses droits.

Mais on leur réserve tout une surprise, l’altise, le doryphore, la chrysomèle (que de poésie dans ces noms…), quand ils se réveilleront et qu’ils se rendront compte, tardivement j’espère, que les légumes ont déménagé leurs pénates et qu’il leur faudra quelques mois pour les retrouver.  Je ne me fais pas d’illusion, ces bestioles nous rattraperont éventuellement… mais quelques mois de répit, durant une saison, c’est salutaire. En attendant, nous continuons à planter les derniers légumes de la saison, les feuilles surtout, sachant que la froidure qui s’en vient adoucira bien des mœurs.

Preuve que l’automne est presqu’arrivé, nous avons le plaisir de vous offrir dans le panier de cette semaine les premiers poireaux, petits fûts à cuisiner à la vapeur et à napper d’une petite vinaigrette.  Pour le reste, ce sera de l’été et encore de l’été.   Au plaisir de vous retrouver tous et toutes.

Préparer le futur

On ne laboure plus vraiment en régie biologique. Cette activité, maintes fois millénaire, est passée de mode, à l’avantage de ceux qui défendent la conservation des sols et le maintien de la biodiversité souterraine. Mais quand on veut transformer une vieille prairie en nouveaux champs de culture, il y a peu de recours autres que le labour; un petit mal pour un grand bien, diront certains.

Nous avons donc labouré notre grand champ de foin, adjacent à nos anciennes parcelles, cinq nouveaux hectares de terre arable qu’il va falloir découvrir, travailler et enrichir. Tout s’est fait en quelques heures, une charrue à cinq versoirs empruntée à une ferme voisine, plusieurs passages de herse à disques pour casser les mottes et affiner la surface et aujourd’hui, lundi, une course contre la montre pour semer nos premiers engrais verts avant la supposée pluie de ce soir…

Je ne vous dis pas le sentiment de satisfaction à la vue de tous ces champs prêts à être cultivés l’an prochain, car cela faisait plusieurs années que nous appréhendions le manque d’espace pour respecter nos plans de fertilisation et nos rotations. C’est chose faite maintenant et soulagement ultime, c’est notre combat contre la mauvaise herbe qui s’en voit facilité car une vieille praire, fauchée régulièrement, en contient peu. La saison 2021 vient donc juste de commencer!

Le panier de cette semaine ressemble pas mal à celui de la semaine dernière, à la différence que c’est le tour de la pastèque de faire son apparition. C’est mon fruit d’été préféré et je vous l’offre avec pépins afin que vous vous rappeliez qu’avant l’apparition des variétés hybrides sans pépins, s’amuser en mangeant de la pastèque voulait dire qui pouvait ‘cracher’ ses pépins le plus loin…

Le maïs de cette semaine est un ‘deux couleurs’ aussi délicieux que celui de la semaine dernière et j’ai bon espoir de vous en offrir encore la semaine prochaine, les ratons étant bien méfiants ces temps-ci…

Bilan de mi-saison

Étant pratiquement à la mi-temps de notre saison, voilà un petit mot pour faire le point et jaser de ce qui s’en vient. Comme vous l’avez noté, nos débuts n’ont pas été faciles, la canicule et la sécheresse ayant endommagé bien des cultures en mai et juin. Je pense en particulier aux brassicacées feuilles piquées par les altises, aux laitues et haricots stressés par la cicadelle et aux plants de concombres grandement affectés par la sécheresse. Cela explique pourquoi vous en avez si peu eu dans vos paniers. Ces mêmes conditions climatiques ont aussi stressé et retardé le mûrissement de nos solanacées, tomates et poivrons surtout.

Les bonnes nouvelles par contre sont que les choses se replacent petit à petit et que l’on entrevoit une deuxième partie de saison bien plus clémente, d’abord avec l’apparition des pluies et le départ lent mais certain de mes ravageurs honnis. Je ne dis pas qu’ils ne sont plus là mais que d’ici la fin août, ils vont trouver les nuits bien fraîches et que ce sera le signal pour eux de reprendre les chemins souterrains.

On l’a fait en catimini mais tout l’ail a été ramassé et vous en aurez plusieurs fois dans vos paniers durant le reste de la saison. Nous nous apprêtons aussi à récolter nos premières tomates italiennes d’ici la troisième semaine de ce mois.

Les carottes et les betteraves s’en viennent aussi, très probablement pour la troisième semaine de ce mois. Deux grandes familles de légumes arrivent à grands pas, les oignons de conservation et les courges d’hiver. Ils seront récoltés entre les derniers jours d’août et les premiers jours de septembre. Je m’en réjouis car nous faisons bien des variétés de ces deux types de légumes et j’ai hâte de vous les faire découvrir.

Quant aux semis, ils vont bon train, les dernières betteraves, les laitues d’automne et beaucoup de brassicacées feuilles qui seront heureuses de savoir que la fraîcheur est à nos portes. Cette année, nous poursuivons dans notre lancée des légumes feuilles utilisés souvent dans les cuisines d’Asie, les rapa, les juncea, et j’en dirai plus quand ils arriveront à maturité.

Pour finir, le maïs est là. Cette année, touchons du bois, nous avons réussi à amadouer les ratons par des moyens expéditifs et une méchante clôture électrique et il sera dans vos paniers dans les prochains jours.

Enfin, août

Enfin, août! Non que l’arrivée de ce mois signifierait la fin du maraîchage, loin de là, mais plutôt l’apparition d’une lumière au bout du tunnel de nos frustrations… C’est le mois du début du nettoyage des champs et celui de la plantation des derniers légumes d’automne. C’est aussi le mois des grands semis d’engrais verts, preuve, qu’en agriculture bio, il faut gérer le présent en s’assurant d’avoir déjà les pieds dans les champs de demain.Non que l’arrivée de ce mois signifierait la fin du maraîchage, loin de là, mais plutôt l’apparition d’une lumière au bout du tunnel de nos frustrations… C’est le mois du début du nettoyage des champs et celui de la plantation des derniers légumes d’automne. C’est aussi le mois des grands semis d’engrais verts, preuve, qu’en agriculture bio, il faut gérer le présent en s’assurant d’avoir déjà les pieds dans les champs de demain.

Et c’est un peu tout cela qui nous occupe actuellement, la transformation de nos pâturages jamais cultivés en légumes, les semis intensifs d’avoine et de pois dans les parcelles déjà récoltées et bien sûr, tout le reste, les récoltes, le désherbage, la plantation des légumes d’automne, le rutabaga, les différents types de radis, le retour des navets japonais et rabioles car bien qu’au plus profond de l’été, c’est maintenant qu’il faut agir.

Août, c’est encore le mois de la prudence, car si les nuits commencent à se faire plus fraîches, les journées sont encore chaudes et humides. Il faudra malgré tout combattre l’altise avec nos filets, la cicadelle probablement et les nouvelles maladies, fongiques surtout, le blanc dans les courges, le botrytis dans les tomates et j’en passe.

Mais août, c’est aussi le mois de l’abondance et je sais que vous avez été bien patients et d’une haute civilité. La trinité des solanacées, le maïs, les melons, que de bonnes choses que vous trouverez dans vos paniers très bientôt.

Maïs sous pression

Même s’il reste encore une semaine ou deux avant les premières livraisons de maïs dans vos paniers, la tension est en train de lever dans la parcelle de ce légume américain. Les anciens savent de quoi je parle; cette odeur fétide alors que je longe les entre-rangs, un épi à terre ici et là, rongé à l’os. La tension monte car l’ennemi numéro un du maraîcher campe aux abords des champs, attendant le moment propice pour faire sa descente et m’entraîner avec lui.

Je ne vous cacherai pas qu’à ce moment précis de la saison, lui et moi sommes à couteaux tirés, chacun soupesant les agissements de l’autre, ses prochains pas, ses nouvelles tactiques. Oui, tout cela ressemble bien à une guerre qui ne dit pas son nom, larvée, semée d’embûches et pour lui et pour moi. Les pièges ont donc été posés, la clôture électrique érigée et les prières récitées. C’est une guerre dont l’issue ne peut être qu’une victoire sans ambages…pour la santé mentale de ce maraîcher et le plaisir de ses abonnés.

Enfin un vrai panier estival! Il était temps car même s’il a fait chaud, on ne peut aller plus vite que la nature qui a décidé, cette année, que ce n’est que maintenant qu’elle permettrait à nos tomates Glacier de mûrir. Ce sont nos tomates de champs les plus hâtives, du genre saladette mais tout en goût et en saveur, puisque ancestrales. Vont suivre dès la semaine suivante nos tomates cerises et nos variétés russes pour enfin atterrir vers la fin août sur nos vraies tomates de champs, les ancestrales, les cœurs de bœuf et nos italiennes.

L’été

Dans les jardins, les solanacées se préparent pour leur tour de chant. Même si ici et là, il y aura encore une brassicacée dans les paniers, au plus profond de l’été, c’est au tour de la tomate, de l’aubergine et du poivron de susciter notre émoi et nos inspirations. Amantes du soleil et de l’eau, elles recherchent nos étés les plus intenses. Peut-être pas les canicules des semaines précédentes mais des journées bien chaudes, sans excès, suivis d’une saucée ou deux.

Elles arrivent presque en même temps, l’odorante tomate, l’aubergine à la robe luxuriante, suivies du pataud poivron, toujours le dernier à exprimer son affable caractère. Ces princes des potagers représentent la quintessence de l’été, la raison d’être de tous nos efforts et la source de nos plus grands plaisirs culinaires, chez ce maraîcher en tout cas. Ceux qui nous connaissent savent notre parti pris pour l’aubergine et la place qu’elle peut prendre dans nos paniers… Force est de constater malgré tout qu’il y a inflexion dans les champs et que l’on entre de plein pied dans le profond de l’été, pour notre plus grand plaisir.

Ce sixième panier sera le moins feuillu, histoire de vous donner le temps de cuisiner le kale et la bette à carde qui traineraient dans vos frigos. Ne vous attendez pas non plus à avoir les trois légumes cités plus haut en même temps dans votre panier cette semaine. Chacun débute sa fructification et on fera en fonction des quantités récoltées cette semaine. Vous avez grandement apprécié le cassis et nous en sommes ravis. Cette fois-ci, c’est au tour du bleuet de faire son apparition.

Vents légers

La semaine s’est achevée sur une note rafraîchissante, des ondées ici et là et un vent léger pour agrémenter le tout. Assez d’eau pour étancher les soifs de bien des légumes mais pas assez pour renflouer les réserves des étangs. On prendra ce que la nature nous permettra. De concert, les légumes et les mauvaises herbes se sont donnés le La pour savoir qui l’emportera, au grand dam de ce maraîcher pour qui ce combat ne devrait avoir qu’une seule issue.

On ne laissera pas perdurer ce face à face dont on connaît le dénouement si laissé au bon vouloir de la nature, car c’est le combat de David contre Goliath, un plant seul face à une multitude de graines proliférant tout autour. À la liste déjà longue de tâches à accomplir à la ferme, la semaine débutera demain sur une fixation freudienne, libérer nos légumes de l’envahissement de mauvaises herbes que Juillet transporte avec lui, accéléré par une des périodes les plus chaudes que l’on ait connue depuis belle lurette. Je vous dirai dans une autre communication si la conclusion sera hollywoodienne…

Tout pousse dans les champs bien sûr, mais notre attention s’est portée ces derniers jours sur la protection de nos plants de bleuets dont les fruits commencent à bleuir. Déjà les merles et les geais ont repéré les petits fruits et bientôt ce sera toute la colonie aviaire de la région qui va se donner le mot pour le party.  Nous avons commencé à poser des filets anti-oiseaux sur les plants et bientôt, il va falloir trouver les petites mains fouineuses pour récolter ce qui me semble le fruit emblématique de notre province.

Côté légumes, nous pensions pouvoir vous offrir les premières carottes de la saison mais elles ont besoin d’une autre bonne semaine pour prendre un peu plus de coffre. En attendant, nous vous servirons de nouveau des betteraves qui semblent avoir eu une saison hors du commun. La bonne chose avec la betterave est que vous pouvez l’entreposer dans votre frigo et l’oublier pendant des semaines sans vous en inquiéter. D’ailleurs, nous vous proposons une panoplie de recettes recherchée et organisée par notre amie Laure, afin que vous les apprêtiez.

Ode aux irrigateurs

Si vous cherchez dans le dico, vous sourirez quant aux définitions de ce mot et à leurs usages mais chez nous, les irrigateurs sont des énergumènes en chair et en os, qui ont sué sang et eau, littéralement, pour amener le précieux liquide aux légumes déjà plantés. Deux canicules déjà et cette deuxième semble vouloir battre un record d’assiduité. Nous avons nommé deux personnes à cette tâche tant fondamentale, deux jeunes pleins d’entrain, qui ont quadrillé la ferme, sillonné ses allées, déroulé du goutte à goutte dans les rangs, planté des arroseurs automatiques dans toute une flopée de légumes racines et affronté les sautes d’humeur de nos pompes à moteur. C’est un travail déjà ingrat quand la température est agréable mais à plus de 30 degrés Celsius, on flirte avec le calvaire et la procession…Mais il faut ce qu’il faut et laisser des légumes s’assécher dans les champs faute d’eau aurait été impensable. En tout cas, mission accomplie et vous pourrez, un jour, remercier nos deux garçons, Djamel et Imad, qui ont su si bien relever ce défi.

Le panier maintenant : il ressemble un peu à celui de la semaine dernière mais avec l’ajout des fraises que nous nous sommes procurés chez nos amis maraîchers à Farnham, la Ferme des 3 Samson. Nous ne faisons plus de fraises depuis quelques années mais devant les difficultés que nous avons dernièrement à trouver des fraises bio de qualité, nous allons y revenir, maintenant que nous ajoutons 4 hectares nouveaux aux 6 actuellement en usage.