Odes à la nature et chasseurs

Une journée glorieuse se déploie devant nous, fraîche mais ensoleillée, joyeux début d’une semaine qui s’annoncerait en dents de scie climatiquement parlant. Mes déambulations matinales dans les dernières parcelles de légumes m’ont rappelées le deuxième mouvement lent du Chant de la terre de Mahler (Le Solitaire en automne), une ode à la beauté de la nature qui s’étiole, si bien rendue par le hautbois mais aussi une ode à l’acceptation de l’inévitable, nous qui, en ces contrées, connaissons si bien cela.

Autre indice que l’on n’arrêtera pas le temps est le va-et-vient de plus en plus incessant des chasseurs qui préparent leur saison, certains construisant leurs caches dans les fonds des boisés, d’autres parsemant les sentiers forestiers de carottes ou de pommes, tels des petits poucets de notre ère moderne… Bientôt, retentira dans l’air le bruit des cartouches et déjà le chevreuil médite sur la meilleure façon de les esquiver…

Revenons à notre panier de la semaine, un mélange bien automnal, où la feuille tient encore sa place malgré le gel du dimanche soir. Quelques nouveautés, le radiccio, les choux de Bruxelles et le radis Daikon mais aussi le retour de la pomme de terre pour réchauffer les estomacs engourdis.

Dans le giron de l’automne

La ferme est entrée de plein pied dans le giron de l’automne. Feuilles mortes partout, arbres épars, la nature se vide de son trop plein de vie. Comment a-t-on fait pour basculer aussi vite dans cette autre étape de la vie à la ferme? C’est un mystère qui me surprend à chaque fois. Il ne reste dans les champs que de longs rangs de légumes qui peupleront vos paniers au cours des prochaines semaines.

C’est une période qui me sied, quand cette même nature s’affaire à séparer le bon grain de l’ivraie, facilitant le travail de ce maraîcher et de nos employés. Entre deux récoltes, nous nous dépêchons de nettoyer les champs, ranger les derniers systèmes d’irrigation encore utilisés dans les tunnels et ramassant ici et là les accessoires que nous avions perdus de vue dans les grandes herbes de l’été…

Nous nous apprêtons à récolter nos légumes racines, les radis de spécialité, les carottes et le rutabaga, libérant ainsi des pans entiers de champs que nous ensemencerons aussitôt avec un petit seigle d’automne. Je ne dirais pas que les choses se font dans l’urgence mais certainement avec un certain sentiment de fébrilité.

Dans les paniers, des légumes qui vous rappelleront que l’action de grâce est à nos portes. Pour certains, ce sera la buttercup, pour d’autres la citrouille ou encore la courge poivrée, chacune agrémentée de feuilles et de racines. Et en parlant de racines, j’aimerais attirer votre attention que ce n’est pas parce qu’ils sont durs comme fer quand vous les recevez que vous pouvez les entreposer dans vos frigos sans protection. Pour les apprécier le plus longtemps possible, nous vous invitons à les mettre dans des contenants en plastique entreposés dans votre frigidaire. Le ‘crisper’ du bas ne protège strictement rien et vos carottes vireront molles si vous les laissez à l’air libre, frigo ou pas.

Sur ce, au plaisir de vous retrouver tous.

Grand nettoyage

Le réveil a été brutal samedi dernier. Un gel plus ou moins annoncé venait de sévir, emportant avec lui tous nos espoirs et bien des mauvaises herbes. Méchant frimas, poussière blanche autant que les yeux pouvaient absorber, les champs en entier y ont goûté.

Pour ce maraîcher, un premier gel d’automne est une opportunité en or pour laisser la nature faire son grand nettoyage, le bon comme le mauvais, l’inutile comme le nécessaire et à ce registre, elle est tout ce qu’il y a de plus impartiale. On a dû donc dire adieu à nos solanacées en champ et nous dépêcher de récolter les dernières courges qui trainaient encore dans les andains.

Ne restent dans les champs que les légumes à la couenne plus dure, ceux pour qui le froid est un rehausseur de goût et de saveur, le choux de Bruxelles, les navets de toutes sortes, les radis mais aussi les carottes et les betteraves. N’allez pas croire que ces gels annoncent la fin de tout car il reste encore du pain sur la planche, du seigle à semer, de l’ail à planter, des tunnels à déloger et bien d’autres activités.

Dans les paniers, cette semaine, des feuilles, des racines et quelques tomates. Les légumes poussent mais à leur rythme et c’est pour cela que certains légumes planifiés pour ces temps-ci n’apparaissent pas encore dans vos paniers, en particulier les betteraves qui prennent leur temps pour arriver à maturité. Nous les espérions pour cette semaine mais il faudra encore patienter une autre semaine.

Dans la série des courges, on fera honneur à la musquée, mieux connue sous sa traduction anglaise, la butternut. Ne laissez pas l’accumulation de courges vous inquiéter outre mesure car sur le comptoir de votre cuisine, elles dureront pendant des semaines voire des mois.

Gels annoncés

C’est dans un silence quasi abyssal que s’est faite la tournée des champs ce matin. Ce n’était même pas les aurores, tout juste un début de journée honnête mais rien n’y faisait, c’était comme si la nature était restée engourdie par la froidure du matin.

Dans la parcelle des cucurbitacées, gisaient çà et là des courges d’hiver qui semblaient supplier qu’on les rentrassent dans quelque abri plus décent. Les solanacées, non plus, ne la trouvaient pas plus drôle, même si elles, pouvaient se targuer des bienfaits protecteurs des tunnels. Qu’à cela ne tienne, la nature sait faire les choses et arrêter le cycle de la vie en fait partie.

On annonce déjà les premiers gels de l’automne, deux nuits en dessous de zéro d’ici jeudi, assez pour terroriser ces adulateurs du soleil. Mais on ne paniquera pas dans les champs car il reste encore bien des légumes pour qui le froid est un remontant, un coup de semonce en fait, pour faire mieux, se gorger de sucre et attendrir ainsi vos palais.

C’est un panier assez hétéroclite que l’on vous concocte cette semaine, un peu schizophrène, un gros pouce dans l’été mais le reste du bras dans le tordeur de l’automne… Tel que promis, la courge spaghetti sera de retour, surtout parce qu’elle n’aime pas trainer dans nos entrepôts et que le plus tôt vous la consommez, le mieux elle se portera.

 

De fraises, et autres choses

Je ne parlerai pas de la semaine qui vient de passer. Presque identique à celle d’avant mais aussi à celle qui s’en vient, annonciatrice certainement de la prochaine saison et des petits plaisirs qui nous attendent. Nous nous apprêtons, voyez-vous, à planter entre aujourd’hui et demain les fraises des premiers paniers de la saison 2021. Comme l’ail qui suivra à la fin octobre, ce sont nos efforts d’aujourd’hui qui garantiront les récoltes de l’an prochain.

Les fraises dont je parle sont des variétés hyper hâtives, plantées maintenant, résistantes au froid évidemment et dont les fruits apparaitront vers la mi-juin, ce qui, pour le Québec, est considéré comme un produit hâtif. Iront au sol aussi tous nos légumes feuilles des derniers paniers, les moutardes, les petites laitues et bien d’autres curiosités et nous finirons la saison avec la grande plantation d’ail, vers la fin octobre.

Ces vagues successives de plantations rythment le temps à la ferme, nous indiquant à quel stade se trouve la saison, si l’été sera encore long ou s’il y a lumière au bout du tunnel. Mais ne nous méprenons pas, il reste bien de choses à faire, les récoltes bien sûr mais aussi les autres travaux de préparation des sols pour l’hiver, les engrais verts, le plastique à changer sur notre serre à semis, le déménagement de notre ancienne serre vers sa nouvelle demeure et la liste n’en finit pas. On accomplira le plus possible jusqu’à l’arrivée de premiers froids qui arrêteront net ces efforts.

En attendant, il y aura du légume dans vos paniers, encore de la tomate mais aussi le retour de mes premiers crucifères d’automne, le bok choy en l’occurrence. À ceux qui se rappellent les feuilles piquées de juin, celles que nous récolterons pour vous cette semaine semblent n’avoir pas rencontré d’altise et c’est là où se trouve la différence entre une brassicacée cultivée en juin, encerclée par son pire ennemi et celle de septembre ou octobre, vivant la dolce vita comme si de rien n’était, tout cela bien sûr, pour le grand plaisir de ce maraîcher.

À TRÈS BIENTÔT.

Septembre, mois de tous les espoirs

La semaine dernière avait débuté dans la froidure pour clore sur un véritable déluge. Septembre est donc bel et bien là et avec lui les périls d’une météo revêche. Dans les champs, le vert a perdu de son lustre, toujours présent bien sûr mais laissant petit à petit la place aux différentes teintes de jaune ou de brun.  Mais Septembre est aussi le mois de tous les espoirs, la possibilité que l’été perdure et dans cette suite, les chances d’une croissance soutenue des légumes dans le champs. C’est l’option que je préfère, un soleil fort pour aiguillonner nos légumes feuilles et nos racines mais avec ce fond froid pour contenir nos insectes ravageurs.

À quelques plateaux près, les dés sont jetés car nous avons déjà ou sommes en processus de compléter la plantation de ce qui nous sustentera durant les deux prochains mois. La feuille sous tous ses états mais aussi la racine, emblème de ce qui a nourri le Québec durant ces longs mois d’hiver. Et pour ceux que le sujet intéresse, les nouvelles parcelles labourées et ensemencées en pois et avoine, ces parcelles qui lanceront la nouvelle décennie des Jardins d’Arlington, ont très bien réagi, comme cette photo attestera…

En attendant, je viens de mettre au four la première courge spaghetti de l’année et ma foi, le plaisir a été total, goûteux, onctueux et d’un orange saisissant. C’est ainsi que nous inaugurons Septembre et la diversité de courges qui sera notre lot au cours des prochaines semaines. Nous venons aussi d’entreposer, pour bien sécher, la belle variété d’oignons de conservation que je partagerai avec vous dans les paniers automnaux, en commençant par celui de cette semaine.

Sur ce, bon début de semaine et à très bientôt.

Nuits fraîches, journées chaudes

Septembre est à nos portes et amène avec lui son lot de réconfort. Les nuits sont fraîches et les journées passablement chaudes. C’est tout ce qu’il fallait comme signal pour évacuer en un tour de main les quelques insectes qui nous ont mené la vie dure au plus gros de l’été.  Oh, ils ne sont pas allés bien loin, quelques centimètres en dessous du sol, tapis entre deux molécules d’eau et un restant de légumes. Ils vont rester là jusqu’au printemps prochain, prêts à ressortir au grand jour quand la nature reprendra ses droits.

Mais on leur réserve tout une surprise, l’altise, le doryphore, la chrysomèle (que de poésie dans ces noms…), quand ils se réveilleront et qu’ils se rendront compte, tardivement j’espère, que les légumes ont déménagé leurs pénates et qu’il leur faudra quelques mois pour les retrouver.  Je ne me fais pas d’illusion, ces bestioles nous rattraperont éventuellement… mais quelques mois de répit, durant une saison, c’est salutaire. En attendant, nous continuons à planter les derniers légumes de la saison, les feuilles surtout, sachant que la froidure qui s’en vient adoucira bien des mœurs.

Preuve que l’automne est presqu’arrivé, nous avons le plaisir de vous offrir dans le panier de cette semaine les premiers poireaux, petits fûts à cuisiner à la vapeur et à napper d’une petite vinaigrette.  Pour le reste, ce sera de l’été et encore de l’été.   Au plaisir de vous retrouver tous et toutes.

Préparer le futur

On ne laboure plus vraiment en régie biologique. Cette activité, maintes fois millénaire, est passée de mode, à l’avantage de ceux qui défendent la conservation des sols et le maintien de la biodiversité souterraine. Mais quand on veut transformer une vieille prairie en nouveaux champs de culture, il y a peu de recours autres que le labour; un petit mal pour un grand bien, diront certains.

Nous avons donc labouré notre grand champ de foin, adjacent à nos anciennes parcelles, cinq nouveaux hectares de terre arable qu’il va falloir découvrir, travailler et enrichir. Tout s’est fait en quelques heures, une charrue à cinq versoirs empruntée à une ferme voisine, plusieurs passages de herse à disques pour casser les mottes et affiner la surface et aujourd’hui, lundi, une course contre la montre pour semer nos premiers engrais verts avant la supposée pluie de ce soir…

Je ne vous dis pas le sentiment de satisfaction à la vue de tous ces champs prêts à être cultivés l’an prochain, car cela faisait plusieurs années que nous appréhendions le manque d’espace pour respecter nos plans de fertilisation et nos rotations. C’est chose faite maintenant et soulagement ultime, c’est notre combat contre la mauvaise herbe qui s’en voit facilité car une vieille praire, fauchée régulièrement, en contient peu. La saison 2021 vient donc juste de commencer!

Le panier de cette semaine ressemble pas mal à celui de la semaine dernière, à la différence que c’est le tour de la pastèque de faire son apparition. C’est mon fruit d’été préféré et je vous l’offre avec pépins afin que vous vous rappeliez qu’avant l’apparition des variétés hybrides sans pépins, s’amuser en mangeant de la pastèque voulait dire qui pouvait ‘cracher’ ses pépins le plus loin…

Le maïs de cette semaine est un ‘deux couleurs’ aussi délicieux que celui de la semaine dernière et j’ai bon espoir de vous en offrir encore la semaine prochaine, les ratons étant bien méfiants ces temps-ci…

Bilan de mi-saison

Étant pratiquement à la mi-temps de notre saison, voilà un petit mot pour faire le point et jaser de ce qui s’en vient. Comme vous l’avez noté, nos débuts n’ont pas été faciles, la canicule et la sécheresse ayant endommagé bien des cultures en mai et juin. Je pense en particulier aux brassicacées feuilles piquées par les altises, aux laitues et haricots stressés par la cicadelle et aux plants de concombres grandement affectés par la sécheresse. Cela explique pourquoi vous en avez si peu eu dans vos paniers. Ces mêmes conditions climatiques ont aussi stressé et retardé le mûrissement de nos solanacées, tomates et poivrons surtout.

Les bonnes nouvelles par contre sont que les choses se replacent petit à petit et que l’on entrevoit une deuxième partie de saison bien plus clémente, d’abord avec l’apparition des pluies et le départ lent mais certain de mes ravageurs honnis. Je ne dis pas qu’ils ne sont plus là mais que d’ici la fin août, ils vont trouver les nuits bien fraîches et que ce sera le signal pour eux de reprendre les chemins souterrains.

On l’a fait en catimini mais tout l’ail a été ramassé et vous en aurez plusieurs fois dans vos paniers durant le reste de la saison. Nous nous apprêtons aussi à récolter nos premières tomates italiennes d’ici la troisième semaine de ce mois.

Les carottes et les betteraves s’en viennent aussi, très probablement pour la troisième semaine de ce mois. Deux grandes familles de légumes arrivent à grands pas, les oignons de conservation et les courges d’hiver. Ils seront récoltés entre les derniers jours d’août et les premiers jours de septembre. Je m’en réjouis car nous faisons bien des variétés de ces deux types de légumes et j’ai hâte de vous les faire découvrir.

Quant aux semis, ils vont bon train, les dernières betteraves, les laitues d’automne et beaucoup de brassicacées feuilles qui seront heureuses de savoir que la fraîcheur est à nos portes. Cette année, nous poursuivons dans notre lancée des légumes feuilles utilisés souvent dans les cuisines d’Asie, les rapa, les juncea, et j’en dirai plus quand ils arriveront à maturité.

Pour finir, le maïs est là. Cette année, touchons du bois, nous avons réussi à amadouer les ratons par des moyens expéditifs et une méchante clôture électrique et il sera dans vos paniers dans les prochains jours.

Enfin, août

Enfin, août! Non que l’arrivée de ce mois signifierait la fin du maraîchage, loin de là, mais plutôt l’apparition d’une lumière au bout du tunnel de nos frustrations… C’est le mois du début du nettoyage des champs et celui de la plantation des derniers légumes d’automne. C’est aussi le mois des grands semis d’engrais verts, preuve, qu’en agriculture bio, il faut gérer le présent en s’assurant d’avoir déjà les pieds dans les champs de demain.Non que l’arrivée de ce mois signifierait la fin du maraîchage, loin de là, mais plutôt l’apparition d’une lumière au bout du tunnel de nos frustrations… C’est le mois du début du nettoyage des champs et celui de la plantation des derniers légumes d’automne. C’est aussi le mois des grands semis d’engrais verts, preuve, qu’en agriculture bio, il faut gérer le présent en s’assurant d’avoir déjà les pieds dans les champs de demain.

Et c’est un peu tout cela qui nous occupe actuellement, la transformation de nos pâturages jamais cultivés en légumes, les semis intensifs d’avoine et de pois dans les parcelles déjà récoltées et bien sûr, tout le reste, les récoltes, le désherbage, la plantation des légumes d’automne, le rutabaga, les différents types de radis, le retour des navets japonais et rabioles car bien qu’au plus profond de l’été, c’est maintenant qu’il faut agir.

Août, c’est encore le mois de la prudence, car si les nuits commencent à se faire plus fraîches, les journées sont encore chaudes et humides. Il faudra malgré tout combattre l’altise avec nos filets, la cicadelle probablement et les nouvelles maladies, fongiques surtout, le blanc dans les courges, le botrytis dans les tomates et j’en passe.

Mais août, c’est aussi le mois de l’abondance et je sais que vous avez été bien patients et d’une haute civilité. La trinité des solanacées, le maïs, les melons, que de bonnes choses que vous trouverez dans vos paniers très bientôt.