Fête du maïs

Après des années de disette, je suis fier d’annoncer que le stratagème a fonctionné et, conséquemment, qu’il y aura mâchement d’épis de maïs dans certaines chaumières du Québec… Et pour ne pas rentrer dans trop de détails techniques, ce n’est pas la clôture branchée sur du 110 qui a résolu le maraudage des ratons mais bien le rajout d’une troisième broche métallique sur la clôture, fruit d’une cogitation serrée entre employés de la ferme, surpris de voir que l’électrification n’avait pas eu les effets escomptés. Avec ses trois paliers posés au six pouces, la clôture devenait un obstacle bien plus ardu à surmonter pour nos débrouillards des bois. Mais il faut toujours rester aux aguets, le raton laveur a plus d’un tour dans sa queue…

Août a débuté comme il débute souvent, journées chaudes et nuits de plus en plus fraîches, message clair pour nous maraîchers que nous venons de prendre le premier tournant vers le début de l’automne. Je sais, je sais, il faut faire durer le plaisir, les étés sont si courts et les hivers si longs mais en termes agronomiques, l’arrivée des nuits fraîches lance un message précis aux plantes qu’il est temps de penser à sa progéniture, en particulier la mauvaise herbe qui sait qu’il ne lui reste plus bien de temps pour assurer sa pérennité. Donc, il y aura maïs dans les paniers et bien d’autres choses qui rappelleront que nous vivons encore les émois de l’été.

D’orages et de récoltes

On l’attendait cette pluie depuis des semaines quand elle s’est abattue sur nous en cette fin d’après-midi dominicale, humide, sous la forme d’un méchant orage, soulevant au passage une bonne partie de nos filets mais déversant par là-même des trombes d’eau salutaires. Maïs, courges, bleuets, carottes, tous avaient soif et faisaient du surplace en attendant la bénédiction des cieux. On ne pavoisera pas, ce n’était qu’une abattée et il en faudrait plusieurs comme celle-là pour verdir nos champs. L’autre bonne nouvelle est bien sûr la razzia que nous avons faite dans notre parcelle d’ail. Il ne nous a fallu que quelques heures pour nettoyer le champ de cette exquise racine qui repose maintenant sur les ponts de notre grange rouge, mûrissant lentement.

Batailles épi-ques

Le maïs est beau et l’épi se forme déjà… si seulement on pouvait éliminer un irritant majeur, le raton laveur, la terreur du maraîcher, la hantise du jardinier. Suite au carnage qu’a été le cru 2018, je pèse bien mes mots, 20000 épis partis en fumée en l’espace de quelques semaines et bien des énergies gaspillées à contrer cette peste des forêts, on a décidé de sortir l’artillerie lourde. Plus de clôture alimentée au solaire comme on le faisait depuis nos débuts car ces bestioles avaient bien compris que pour accéder au fruit défendu, il fallait juste endurer le drôle de chatouillis que pouvait décharger ces piles. À la place, nous avons décidé d’installer une clôture alimentée au 110 volts. Le choc ne sera pas mortel, loin de là mais qui va s’y frotter s’y piquera, la décharge étant un peu plus costaude que notre version écolo… Et si après cela, nos astucieux ratons trouvent un moyen de passer outre, ce sera la preuve, tout simplement, que ce sont les animaux les plus intelligents de la planète!
Si la courgette et le concombre en ont été un avant-goût, nous entrons de plein pied dans la saison estivale avec l’introduction de la tomate et de l’aubergine, mes légumes préférés et que nous offrirons chaque semaine jusqu’à la décrépitude des plants. À la différence des deux premiers légumes mentionnés, que nous cultivons par vagues, les solanacées sont produites sur un même plant et il faut être fort pour continuer à donner généreusement, semaine après semaine, jusqu’à l’arrivée des premiers froids.

La carotte et moi: une relation amour-haine

J’ai encore semé des carottes, cette fin de semaine. C’est un des seuls légumes que l’on ne peut faire passer par notre serre des transplants. Il ne tolère aucun compromis, c’est comme ça, à prendre ou à laisser. Soit on est un doué du semoir et on réussit son semis du premier coup, soit cent fois sur le métier on remet son ouvrage… Et je ne les compte plus les fois qu’il a fallu pour refaire des semis de carottes, soit parce qu’ils n’avaient pas bien levé ou parce que les mauvaises herbes les avaient étouffé. J’ai donc semé des carottes cette fin de semaine, dans la douceur d’une fin d’après-midi, le sol, le semoir et moi. Un ami maraîcher me l’avait déjà dit, de ne pas se battre contre la nature, partir de bon pied, laisser le semoir glisser dans le sillon, y aller d’un mouvement fluide mais certain et la semence fera le reste. Samedi, j’ai semé les carottes avec le sentiment de m’en être approché.

Au Roi Kale

La ferme a basculé dans l’été, comme ça, sans trompette ni tambour. Après nuits froides et journées pluvieuses, nous avons allégrement retrouvé des températures clémentes voire des soupçons de canicule. Qu’à cela ne tienne, les solanacées ont tout d’un coup récupéré vigueur et croissance alors que certaines brassicacées ont même pensé monter en orgueil. Pour les maraîchers que nous sommes, le constat est encourageant pour la suite des choses car annonciateur d’une normalisation de la vie culturale dans les champs, la possibilité de servir certains légumes selon les calendriers indiqués et ambivalence extrême, la certitude que la bataille contre les mauvaises herbes vient de commencer, une certitude qui revient nous hanter tous les ans et que seul la froidure automnale clôt sans préavis. La semaine s’est donc achevée dans un déchaînement de binettes, sachant que tout a une fin et qu’on annonce déjà le retour des ondées.

Dans les paniers, le kale est à l’honneur. Nous en produisons quatre variétés et on voudrait vous en faire goûter deux ou trois selon la taille de vos paniers. Nous savons que les smoothies sont encore populaires mais chez nous, c’est dans les braisés et en salade que nous les apprécions le plus. D’autres brassicacées feront aussi partie des choix de la semaine et nous attendons encore l’arrivée des fraises de saison qui se font toujours désirer. Au plaisir de vous retrouver tous.

Semaine un

On n’y croyait plus mais le soleil est enfin apparu et la chaleur avec.  En se promenant dans les champs ce dimanche, on sent la nature s’activer, impatiente de rattraper son retard car, comme nous, elle sait que l’été est court dans nos contrées et que pour s’accomplir, il faut profiter de toutes les heures ensoleillées que la météo saura nous concéder.  Se sont aussi manifestés des visiteurs peu opportuns, le doryphore dans l’aubergine, la chrysomèle dans les courges d’hiver.  Trop tôt, me direz-vous, et je vous l’accorde, mais on ne peut plus se fier à nos anciens repères, changements climatiques obligent.  Ils sont là et il faut faire avec.  Qu’à cela ne tienne, la saison est bel et bien partie et nous en sommes fort aise.

Temps frais

Des journées en dents de scie, des courses effrénées pour s’assurer que les transplants aillent aux champs au moment voulu et bien sûr un printemps toujours schizophrène, voilà en quelques mots l’environnement dans lequel nous baignons depuis des semaines. Les choses avancent néanmoins et au moment d’écrire ces lignes, profitant des percées de soleil et des plates-bandes pas trop humides, nous avons réussi à planter tout ce qui devait aller au champ, c’est-à-dire nos premières brassicacées, un tas de légumes feuilles, les solanacées hâtives et les cucurbitacées de primeur. Il reste encore une longue liste de choses à amener aux champs mais il va vraiment falloir un bon coup de pouce de dame nature pour dire mission accomplie. Les journées sont encore fraîches et les nuits encore plus et les légumes le ressentent, leur croissance faisant du surplace dans bien des cas. Il y a tout de même un air de déjà vu, ce temps maussade que nous subissons, la saison 2017 ayant été à bien des égards similaire à ce que nous vivons actuellement, la fraîcheur en moins si ma mémoire ne me faillit pas.

J’aime: le nouveau guide alimentaire

La publication du guide alimentaire cette semaine par Santé Canada devrait donner du ‘pep’ à l’ensemble du secteur maraicher, incluant ceux qui importent du légume extra muros.  Même si on dit qu’il n’est pas allé assez loin, sa nouvelle mouture est tout ce qu’il y a de plus encourageant pour notre secteur car ils sont nombreux, allant des individus aux organisations, qui l’utilisent pour structurer leur alimentation de tous les jours, à tout le moins ceux qui débutent l’année avec des résolutions grosses comme ça…

Ce que j’aime : la place prépondérante du légume frais dans la fourchette des possibles, la place non moins prépondérante des légumineuses (n’en déplaise à Madame Ravary) et céréales dans notre quotidien et la relative importance des viandes et des laitages dans ce même quotidien.

Il paraît que Santé Canada a sciemment décidé d’exclure l’industrie laitière des discussions afin de ne pas se laisser influencer même si elle a allègrement autorisé le glyphosate pendant un autre 15 ans en se fiant sur les ‘études’ financées par une autre industrie.  Cherchez la contradiction.  Le guide est un bon pas en tout cas vers une meilleure alimentation. J’attends maintenant une décision similaire sur l’étiquetage…

Grands froids de…novembre

Je n’en crois toujours pas mes yeux mais on annonce bel et bien -12 C. dans la nuit du mercredi à jeudi, ici à la ferme. Pour un mois de novembre, nous sommes vraiment en dessous des normales et les livraisons des paniers de mercredi et jeudi auront des airs de marché de noël… En anticipation de ces baisses hors de l’ordinaire, nous avons déjà récolté les poireaux de la semaine et aujourd’hui nous sortirons de la serre froide les laitues et autres feuilles susceptibles à la morsure des froids. Pour le reste, courges et légumes racines, tout est bien entreposé dans des chambres froides plus chaudes que l’air ambiant. Sachez d’ailleurs que le montage des derniers paniers de novembre se fera probablement à l’intérieur de ma plus grande chambre froide qui, ventilateurs aidant, est maintenu à 4 degrés C. alors que l’entrepôt nous gratifie d’un -1 bien généreux. L’an prochain, il y aura du travail d’isolation à planifier… Autre nouvelle de la semaine, le départ de nos deux derniers employés mexicains, Crescencio et Gregorio, partis retrouver leurs familles sous des cieux plus cléments. Les dernières semaines avaient été un peu difficiles – la pluie, le froid, les récoltes et des plantations dans des conditions douteuses. Tout cela sera oublié sous le soleil de Mexico…

Parade de fin de saison

Le mauvais temps nous poursuit mais nous avons trouvé la parade et la plupart des légumes de votre panier sont des racines, ou des feuilles récoltées en serre. Frustrant tout de même, cette tendance qu’a prise la nature de ne nous donner aucun répit. Alors que la journée de dimanche promettait des cieux plus cléments, voilà que ce matin nous rattrape la pluie et son lot de déboires : chemins impraticables, bottes souillées et corps transis. Et ce sera ainsi pendant encore une autre semaine. À oublier donc ma référence à un novembre ninesque, clairement le fruit d’une imagination débridée…

Cela dit, j’ai fait mes premiers pas dans les boisés de la ferme, cette fin de semaine, histoire d’avertir les chasseurs de passage que le maitre des lieux était là et qu’il allait défendre bec et ongles ses quelques arpents de neige. Le message a dû très bien passer car pas âme qui vive je ne vis et c’est toujours mieux comme cela. Les boisés par contre ont révélé leur beauté triste, tenue cachée durant l’été par des flores bien insolentes mais que l’on redécouvre au fil de nos pas, sous cette mouillure automnale. L’hiver s’en vient et avec lui, maintes autres randonnées.